MARINA OU LE MIRACLE DU RECYCLAGE

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Il était une fois une jeune femme qui avait eu une idée géniale : celle découdre de vieux vêtement pour en créer des neufs afin de l’appeler mode. Elle s’appelait Marina Serre : elle avait vingt-six ans, un logo en forme de lune qui représente le cycle et le mystère féminin, tout un programme, mais surtout le regard fatigué de quelqu’un qui vient de réaliser qu’elle a vendu son âme pour un stand dans les caves du Bon Marché. Aujourd’hui, la maison est en redressement judiciaire. Et comme toujours dans ce métier, ceux qui ont pressé le citron sont déjà repartis en jet privé chercher le prochain fruit.

Tout a commencé quand le groupe du Loup du Cachemire, et son empire du textile marketing « qui, d’après ses dires, n’en est pas un, a repéré Marina dans une école de mode. Le groupe va lui proposer un « accompagnement ». Elle signera des papiers qu’elle n’a pas lus, parce qu’à son âge personne on ne lit pas les clauses quand on vous promet de défilé à la Fashion Week de Paris.

Le seigneur, qui n’est pas un homme de marketing, a mis partout le mot magique « upcycling ». Le mot sentait la conscience propre et l’écologie à bon compte. Chaque vieux rideau de ses hôtels de luxe transformé en veste devenait une story Instagram sur « la mode qui répare le monde ».

On a construit Marina comme on construit une chapelle : avec de la lumière rasante et beaucoup de silence sur les fondations. Les magazines ont écrit qu’elle « réinventait le luxe responsable ». Les groupes, qui la finançaient, ont, quant à eux, réinventaient surtout leurs marges : chaque pièce « upcyclée » leur coûtait le prix d’un chiffon et se vendait le prix d’un loyer parisien.

Autour d’elle, une armée de stagiaires et de jeunes couturières payées en « visibilité » démontaient des vieux jeans Levi’s premier prix pour en faire des sacs à sept cents euros. On les appelait « l’atelier créatif ». 

Puis, le vent a tourné, comme il tourne toujours pour ceux qui n’ont jamais possédé leur propre bateau. Les ventes « wholesale » se sont effondrées, les plateformes de luxe en ligne ont fermé les unes après les autres, et le groupe protecteur, qui avait touché ses dividendes pendant huit ans, a soudainement découvert que « le marché du recyclé de luxe montrait des signes de fragilité structurelle ». En bref, on arrête de payer, et on regarde ailleurs.

Le communiqué officiel de la maison parle de « restructuration » et de « recherche d’un partenaire financier ». Ce qu’il ne dit pas : c’est que les jeunes qui ont cousu la légende pendant six ans à coups de CDD et de stages non renouvelés se retrouvent aujourd’hui à checker Pôle Emploi entre deux piles de patrons en carton.

Les hommes de Tolède n’ont pas de problème de trésorerie. Ils ont juste un problème de communication : comment continuer à vendre « l’histoire d’une femme visionnaire » sans jamais mentionner qu’ils ont breveté son idée, garder les droits, et laisser la coquille vide porter le mot « faillite » à sa place ?

C’est le tour de passe-passe favori du secteur : on met en avant la créatrice pour l’image, on garde la structure pour l’argent, et quand ça casse, c’est elle qui porte le costume « un costume upcycle », cousu avec les restes de ses propres illusions.

Marina « Perf-Rormance » laissée à l’abandon pour une autre étudiante prometteuse, dans une autre école, avec une autre idée géniale à racheter pour le prix d’un chiffon. La mode adore parler de cycles, mais le cycle pour une femme amuse toujours les Mâle Alpha. Non ?

FM♥