QUAND LE PATRIMOINE DEVIENT PROPRIÉTÉ PRIVÉE

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Il y a des phrases qui empestent l’encens du bûcher des vanités, celles-ci appartiennent clairement à la chapelle de l’égo industriel, où l’on confond héritage commun et propriété personnelle. Ainsi donc, selon le « seigneur des Anneaux », le luxe ne serait rien de moins qu’un sanctuaire où se conserveraient « l’identité », « l’histoire » et « l’héritage culturel » de tout un pays… Sorte de pirouette rhétorique assez spectaculaire, pour définir  l’âme française. Étonnant non !

Mais, depuis quand la France s’est-elle mise en vitrine dans un emballage carton avec bolduc logotypé, étiqueté, et distribué en éditions limitées dans les capitales du monde ?

Il y a dans cette déclaration une confusion savamment entretenue entre patrimoine et propriété. La dentelle d’Alençon, les ateliers de Grasse, le cristal de Lorraine, ces savoir-faire séculaires n’ont jamais attendu un conglomérat pour exister. Ils vivaient avant les acquisitions, ils survivront après les reventes. Les racines ne poussent pas dans les bilans trimestriels pour actionnaires paresseux.

S’ériger en passeur de mémoire, pourquoi pas ? Mais, s’arroger le rôle de traducteur officiel de la France, voilà qui frôle l’appropriation culturelle… nationale. Comme si l’identité française était une langue morte qu’il fallait réinterpréter en dialecte du luxe globalisé.

Le plus ironique reste, sans doute, cette idée d’« influence moderne ». Car, à force de polir l’histoire pour la rendre exportable, on finit par la lisser jusqu’à l’aseptiser. Le récit devient produit, le patrimoine devient positionnement, et la culture, un argument de vente parmi d’autres, coincé entre un logo et une marge.

La France n’est pas une marque. Elle est une cacophonie brillante, un théâtre d’idées, un millefeuille de contradictions. Elle ne se traduit pas, elle se vit, se dispute, se réinvente, et certainement pas sous licence. À vouloir incarner trop de choses, on finit parfois par révéler une seule réalité : un égo à la mesure de l’empire qu’il dirige, mais un pays bien plus grand que ces hommes prétendent jouer dans l’histoire collective.

FM