HERMÈS : LE VOYAGE SILENCIEUX
Il se dégage de cette collection comme le souvenir d’un voyage sans bruit, une élégance qui a traversé les âges sans jamais s’y faire granit. Les vestes courtes se tiennent auprès des longs manteaux, les pantalons s’évasent comme des voiles au vent, les étoffes glissent autour du corps, libres ainsi que l’onde. Çà et là, une ceinture, un zip, une ouverture viennent troubler la gravité des coupes, et l’on devine en chaque vêtement un secret d’aventure, une promesse d’horizon.
Cela se passe à la Garde Républicaine, sous les voûtes sonores d’un autre temps, et aucun décor ne viendra distraire le regard des créations. Pas même le tumulte désormais accoutumé des célébrités, cette cohue d’idoles de passage, ces visages d’écran loués à la saison pour être vus plutôt que pour voir, qui s’installent au premier rang des défilés comme on fait parader des bêtes de foire, et dont le sourire est un contrat, l’enthousiasme une ligne de facture, et la gloire une écume qui ne survivra pas à l’hiver !
Quant à moi, qui écrit avec ma plume Sergent-Major, j’admire une hybridation du cuir, pour des pièces légères, accordées à nos vies d’aujourd’hui et au bouleversement climatique. Peu de motifs s’invitent dans cet entretien ; point de logo tapageurs, nul faste extérieur de richesse. Pour l’été prochain, Hermès offre une double vision, la liberté et le désir, ces deux grandes promesses du vrai luxe. Les carrés de soie de la Maison, serpentant autour de certains mannequins comme des rubans de brume, donnent à la bourgeoise du Faubourg une allure toute moderne.
Les couleurs sont empruntées à la terre et aux teintes mélancoliques de l’automne : bruns profonds, beiges, gris, noir, cuir fauve. Puis, soudain jaillit le jaune, éclatant comme un rayon de soleil tombé sur un paysage que le dérèglement du ciel assombrit parfois. Le cuir et la maille mélangés font du vêtement tour à tour rempart et générateur d’alizés.
C’est peut-être là que demeure l’esprit de la Maison du Faubourg : dans cette rencontre entre l’héritage et le mouvement, comme si les ruines et les printemps s’étreignaient. Une mode qui porte le passé en son sein. Les silhouettes s’avancent, d’une élégance sereine, comme si elles quittaient le Faubourg Saint-Honoré pour s’en aller sur la route, emportant dans leurs matières la mémoire d’un savoir-faire et le désir, jamais éteint, de la liberté.
FM

