J’ACOSTE A AUTEUIL EN 2027
Dimanche matin, le Crocodile a transpiré dans sur la terre battue de Roland-Garros, Pelagia Kolotouros a signé une collection qui chauffe tellement que trois bimbos ont fondu, et qu’on a dû les récupérer à la petite cuillère, mais de chez Puiforcat quand même.
C’était un 4 octobre, jour de la promulgation de la Constitution de la Ve République en France, mais ici personne ne le sait, car c’est le jour qu’a choisi, par hasard, la directrice de la création de Lacoste pour présenter sa collection printemps-été 2027 à la Porte d’Auteuil, qui n’avait rien demandé mais qui a quand même rougi d’ocre. Le mot d’ordre était écrit sur les invitations en lettres de crème solaire : « Dress code : No white required ». Autrement dit, venez en blanc si vous voulez, mais le blanc, lui, ne viendra pas.
J’accoste donc Porte d’Auteuil, et tout commence avec René, ne confondez pas avec celui de Céline, mais le René Lacoste évoqué à voix basse, comme un oncle qui a laissé une dette de jeu « Au Nain Jaune » qui lui n’était pas « Made in China ». Allusion rapide au fondateur car dans les années 1920, par « rébellion discrète », il avait coupé les manches de ses chemises. Les manches, elles, ne se sont jamais remises de l’affront, et vivent aujourd’hui en colocation dans un tiroir de Neuilly avec les mousquetaires, où elles écrivent leurs mémoires.
Sur la terre battue du cours Philippe-Chatrier, les vêtements sont entrés en scène avec des manteaux amples, des coupes si respirantes qu’elles faisaient des vocalises, un sportswear tellement aérien qu’on a dû l’attacher au sol avec une pelteuse. Le tout porté par la signature de la Grec, la plus célèbre de France, après mon pote Yannis Geronimidis et Nikos bien sûr.
Les cols se superposent, se désalignent, se redressent, et l’un d’eux, selon des témoins, aurait demandé à parler au directeur. Des silhouettes blanches tachées de terre ocre, trempées de sueur. L’effet s’obtient en passant un sandwich de matières grasse à la vapoteuse, comme ma voisine, mais elle s’était plutôt la « pipoteuse ». Les couleurs ont suivi : nylon cobalt, zips orange, touches jaune acide, la palette exacte d’un échauffement qui aurait fait un mauvais rêve.
Pour Kolotouros, la sneaker ACE-T1 s’inspire d’un filet tendu ce qui est une façon élégante de dire qu’on a frappé un filet et qu’il a pris ça pour un compliment. Le porte-raquette devient un sac argenté pour prendre la balle au bon, les chaussures avec talon en forme de balle de Tennis partent faire sans raquette ni préavis une promenade à la Fondation Vuitton.
Le public clignait des yeux, et en même temps, tournait la tête pour apercevoir à gauche et à droit les personnalités comme Uma Thurman et Adrien Brody, qui trônaient au premier rang, entourées de créateurs de contenu vide, et de jeunes acteurs sculptés dans un marbre rare que les gens de Roland-Garros avaient gardé au frais dans un congélateur depuis 1928. « Adèle Extra-Populos », « Camille Catin » et « Léna Saturation » étaient aussi de la fête. Ce n’est certainement pas avec ce groupe-là, trop occupé à être photographié et qui préfère le Gazon de Wimbledon que l’on fera remonter le taux démographique en France.
Reste la question du succès commercial : la démarche de la créatrice a déjà séduit des revendeurs comme Dover Street Market, Selfridges, les Galeries Lafayette, Ssense et le japonais Hankyu. Si cela se traduit en vente, il pourrait bien faire gagner la partie à Lacoste sur le long terme, ou du moins le set suivant et probablement le Match.
FM♥

