BALMAIN CE PRÊT-A-PORTER D’ARCHIVE
Troisième jour de la « Fashion Fric », donc troisième jour de ce grand rituel où l’on se serre comme des sardines dans un hôtel particulier pour y célébrer la Mémoire… Car c’est bien ça, l’affaire : la mode ne vend plus des vêtements, elle vend de l’archive. On ne vous propose pas une jupe, on vous propose un héritage, avec un numéro de lot et une adresse choisie pour la bonne cause. Antonin Tron reçoit à l’Hôtel des Maisons, ancienne demeure de Karl Lagerfeld, qui y fit ses classes dans les années 50. Rien n’est jamais un hasard dans ce métier, sauf les salaires.
Dans la salle, on reconnaît le cheptel des nostalgiques de l’ère Rousteing en bandoulière. Sur le podium drapés félins, robe en écailles, Antonin Tron décrit l’histoire dans son communiqué : il s’est inspiré de cet amour qu’avait Pierre Balmain pour la jungle. Normal, car Christian Dior et Pierre Balmain travaillaient ensemble chez Lucien Lelong pendant la guerre. Nonobstant le maitre de Grandville avait fait de la jungle un manifeste en 1947, avec Mizza Bricard, sa muse, mais je doute que ce parterre en ait gardé autre chose qu’une vague impression de déjà-vu. N’ayez crainte, après avoir lu ceci, le « Flop Fringant » s’en souviendra.
Puis, vient l’intime, cette lingerie glissée partout comme un mot-clé cette saison: poitrines en cuir plaquées sur une robe, jupe à bretelles, satin, jacquard. L’origine : un défilé du fondateur, en 1954, exhumé pour l’occasion. On retrouve l’éternel mécanisme : le passé fournit le récit, le présent fournit la facture.
On achète du « fantasme », celui d’une Californie des sixties et seventies, de Walter De Maria à Jim Morrison, avec « une palette électrique des couchés de soleil de la côte Ouest jusqu’à l’aube sous cocaïne ». Je sais, j’y étais ! Mais dans cet hôtel particulier, on admirera la performance d’un « sunset » sous contrat. À en regretter le « Roustintin » qui, lui, au moins, copiait littéralement les grands pour se les attribuer.
Personne, dans cette assemblée, ne parle de la coupe. Personne ne parle de la vision d’ensemble, cette chose vulgaire qui ferait remarquer que l’addition de références ne fait pas un propos. Le storytelling remplace le vêtement, le communiqué remplace la pensée, et l’on applaudit d’autant plus fort que l’on n’a pas vu grand-chose. D’autres trouveront cela magnifique, c’est leur métier, et c’est même, paraît-il, le plus beau du monde. Moi, quand je veux voir du Zara, je vais chez Zara.
FM
