MARANT BOHEMIAN RHAPSODY

Non classé

Ce soir, le Palais-Royal change de visage. Les colonnes de Buren, ces rayures noires et blanches que les promeneurs traversent d’ordinaire sans y songer, se font le décor d’un instant suspendu entre le jour et la nuit. Isabel Marant, qui a donné à la bohème chic un renom par-delà les mers, déploie ici son univers dans un lieu qui lui ressemble : libre, graphique, un peu rebelle, et si profondément parisien. Le crépuscule glisse dans la cour d’Orléans, où Les Sphérades trônent au milieu du podium, solitaires et rayonnantes, tandis que nul, dans cette foule élégante, ne soupçonne peut-être ce qu’elles sont venues y dire.

Voici la Bohemian Rhapsody. Romantisme et audace, mélancolie et fureur, raffinement et sauvagerie : tout s’y mêle, comme dans le cœur de ces bohèmes d’autrefois, qui préféraient la liberté à la sécurité, la création au confort, et les veillées ardentes, où l’on refait le monde, aux carrières bien rangées de ceux qui n’ont jamais rien risqué. Ils vivaient de peu et rêvaient de tout, et c’est leur ombre qui passe ce soir entre les colonnes.

Lorsque les mannequins s’avancent au rythme de la musique, tout s’accorde : les étoffes, les voix, la pierre et la nuit. La bohème n’est plus seulement un style, elle est un état de l’âme, celle de ceux qui osent quitter les sentiers battus pour suivre l’appel de l’inconnu. Ce soir, au cœur de Paris, la mode et la musique murmurent la même histoire, celle de la liberté. J’aime cette collection, je l’avoue ; mais j’aime les femmes plus encore, et d’un amour éperdu.

FM