BALENCIAGA L’ÉLEGANCE SANS MYSTÈRE

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Il y a quelque chose d’irritant et de magnifique dans l’idée qu’un couturier puisse, un après-midi de juillet, transformer un campus universitaire en cathédrale. J’ai toujours pensé que la mode, comme la littérature, ne vaut que par sa capacité à mentir juste, c’est-à-dire à inventer une vérité plus supportable que celle qu’on nous impose.

Piccioli, en sortant la Haute Couture des salons feutrés pour la jeter en pleine lumière, à la Cité Universitaire, commet un acte que je qualifierais de salutairement impudique. Il refuse le mystère facile, celui des rideaux tirés et des invitations chuchotées, pour offrir au vêtement ce que peu de créateurs osent lui donner : le grand jour, sans complaisance, sans pénombre pour dissimuler les points de Feston mal orchestrés.

Jadis, chez Valentino, il cherchait à réconcilier le tailleur et le volume, la rigueur et l’abandon, la femme qu’on sculpte et la femme qui respire. C’est une ambition d’architecte, disais-je, mais c’est aussi, et peut-être surtout, une ambition d’humaniste car il n’est pas de plus grande élégance que celle qui n’exige rien de nous, qui ne nous demande pas de nous transformer en statue pour la mériter. L’esprit de la collection, des volumes démesurés, les nuances de noir omniprésentes et les silhouettes sculpturales est un clin d’oeil à Cristobal. C’est la liberté et la célébration du corps que Pierpaolo Piccioli a choisi d’explorer pour ce défilé.

La Haute Couture, quand elle descend dans la rue en plein jour, cesse d’être un privilège pour devenir une proposition celle d’une beauté qui ne se cache plus, qui accepte d’être regardée en face, avec ses défauts et son insolente légèreté. Si c’est cela, la mode d’aujourd’hui, alors je lui pardonne volontiers ses excès : elle a au moins le mérite, comme la bonne littérature, de nous rendre un peu plus vivant.

FM♥