DIOR C’EST LA JUNGLE A RODINLAND
Il fallait oser transformer le Musée Rodin en serre amazonienne climatisée empreinte carbone assumée pour que Sabrina Carpenter et Naomi Watts n’aient pas à enlever leur manteau entre le taxi et le premier rang. Jonathan Anderson, jardinier en chef de la maison, a donc importé fougères et grillons enregistrés (il n’y a pourtant pas de grillons en Amazonie !) pour recréer, en plein hiver, une chaleur de sous-bois tropical. Le genre de geste qui coûte une fortune en logistique pour dire, en somme : voici la nature reconstituée sur banquise sponsorisée façon Miko pour ceux qui ont les moyens de la fréquenter en vrai.
Sous la frondaison, des robes nouées et drapées comme des papillons de bronze rendent hommage, dit-on, à Lynda Benglis et à ses torsades des années 80 sauf que la sculptrice fondait son métal dans un atelier, pas dans un show-room climatisé à trois millions d’euros. Les minaudières co-signées par l’artiste elle-même transforment l’œuvre en accessoire premium : la sculpture devient sac, l’art devient rangement, et tout le monde applaudit très fort ce geste de « dialogue » comprendre : ce merchandising inspiré , sous les applaudissements d’Anna Wintour, qui ne s’habille plus en Prada depuis longtemps.
Reste le clou du folklore : des broderies chintz venues d’Ahmedabad, où Benglis rencontra son mari, réactivées ici en un orientalisme de bon goût qui sent bon le Galliano nostalgique. La maison sait recycler ses propres fantômes sans complexe.
Une roue de paon vient trôner sur un dos nu, gracieuse citation qui rappelle surtout qu’à Dior, même les animaux sont priés de poser pour la promo. Beau, virtuose, indéniablement mais on sort de la jungle en se demandant si le vrai exotisme, aujourd’hui, ne serait pas simplement de faire du neuf sans citer qui que ce soit.
FM♥

