CHRONIQUE D’UN PREMIER CONTACT
Ce matin-là, je m’éveillais dans une de ces dispositions paisibles que le sommeil profond laisse parfois dans l’âme comme une rosée fraîche sur un jardin nocturne. Tout semblait en ordre dans ma personne. J’étais reposé, alerte, presque heureux d’exister. Pourtant, ce cerveau provocateur ingrat, étrange comme une excroissance de moi-même cherchant obstinément à s’extirper du commun des mortels, causa le début de ma perte.
Ainsi des sages, qui ne sont sages qu’à force de lassitude, jugèrent que le moyen le plus simple serait de m’envoyer ailleurs avec mes amis. Loin de nos congénères et de nos débats interminables sur notre masculinité. Ainsi, fut prononcée notre expatriation vers une planète singulière dont les habitants, disait-on, étaient des humains certifiés, des humains classiques, derrière la face cachée de la lune.
On la nommait, je crois, la planète Boue.
Non… la planète Mole, je ne sais plus… Les mots varient peu lorsque la matière demeure.
L’entreprise ne fut pas légère. Elle exigea le modelage patient d’un aéronef quantique et le tissage d’une fibre dimensionnelle dont la fabrication ruina plusieurs départements de notre administration céleste. Mais, l’on espérait, qu’en nous exilant ainsi, Jérémy, Arthur et moi-même cesserions enfin de tourmenter notre peuple avec cette affaire de plume provocatrice. Peut-être, pensait–on, la distance calmerait–elle nos ardeurs, et puis peu après, pourrions-nous y envoyer Trump et sa clique de faux raisonneurs.
Nous arrivâmes donc.
Nous posâmes le pied sur la planète aux humains certifiés, aux humains classiques paraît-il ?
La planète cerveau croate
Ou Glaive.
Qu’importe le nom d’ailleurs.
Nous attendions notre premier contact, avec cette curiosité grave qui accompagne toujours la rencontre de deux mondes. Il survint bientôt. Une personne âgée, telle que l’espèce humaine en produit à la fin de ses cycles, s’approcha de nous. Elle venait, semblait–il, de s’échapper d’un établissement destiné à accueillir ceux de sa condition, et cherchait le chemin du retour vers son ancien domicile, ce qu’elle appelait, avec une touchante fidélité, son lieu d’ancre. Une bretonne lunaire peut–être !
Je m’avançais vers elle et, lui présentant Arthur, dont l’atmosphère locale faisait couler de sa bouche une salive verdâtre assez remarquable. Je lui demandais avec déférence : « Qu’en pensez-vous ? »
La vieille dame leva sur nous un regard clair, un de ces regards sans détour que seule la vieillesse autorise encore sur cette planète. Puis, elle répondit, avec ce franc-parler très autochtone : « Eh bien… il a l’air d’un gros débile. » Et je compris, à cet instant, que nous étions sans le savoir de retour sur la planète Terre.
FM♥
