LA MODE A RETROUVÉ DIEU

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Il arrive parfois que les civilisations, fatiguées d’elles-mêmes, cherchent un prophète dans les endroits les plus inattendus. Jadis on gravissait des montagnes. Aujourd’hui, on entre chez Celine, les miracles y sont plus chers, mais les fidèles ne regardent pas à la dépense.

Cette saison, la révélation est tombée avec la gravité des vérités qui n’engagent que ceux qui les proclament : le camel et le rose Barbie seraient destinés à vivre ensemble, comme Roméo et Juliette.

Donc chez le Seigneur, un homme avance, vêtu d’un pull et d’un pantalon couleur biscotte. Une silhouette dont la discrétion évoque ces dimanches où les stations balnéaires ferment les volets avant la pluie. Puis surgit, autour de sa taille, une ceinture rose éclatante, comme si un flamant rose, pris d’un accès de charité, avait décidé de sauver la scène de l’ennui. Les spécialistes parleront sans doute d’une conversation entre le patrimoine et la rupture. Il me semble surtout assister à la réconciliation laborieuse de deux couleurs qui ne s’étaient rien demandé.

Chez  d’autres, on adapte le bleu marine et il faut du courage pour vouloir corriger ce qui traverse les décennies avec l’indifférence tranquille des vieux chênes. J’imagine une assemblée de « Wintour » penchée sur des centaines d’échantillons, dans le silence solennel des savants qui cherchent la formule du monde. Puis, l’une d’elles lève la tête et murmure : « Corail. » Les autres acquiescent. Une révolution vient d’avoir lieu. Le bleu marine survivra, naturellement, mais il aura connu, pendant quelques minutes, le frisson des grandes remises en question.

Et voici Marc Jacobs, à New York. Il faisait chaud. Les saisons ont parfois cette insolence. En juin, figurez-vous, l’été s’est présenté à l’heure. Il fallait bien qu’un couturier, un jour, ait l’audace de prendre cette extravagance météorologique au sérieux et d’habiller les hommes pour la température qu’ils rencontreraient réellement. On saluera l’avant-garde. Les thermomètres, eux, parleront d’un banal mardi ou anal Mardi, c’est selon.

La mode possède ce talent singulier de découvrir avec plusieurs années de retard des vérités que les familles pratiquent depuis toujours sans même leur donner un nom. Cette année, elle nous apprend que les couleurs peuvent cohabiter, que le rose ne dissout ni le courage ni la dignité, et qu’un homme ne devient pas moins homme parce que sa veste a décidé de sourire.

Nos grands-mères savaient cela depuis longtemps. Elles n’en faisaient pas une collection. Elles appelaient simplement cela s’habiller.

FM♥