Y A-T-IL UN PILOTE DANS L’AVION MODE ?

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Quand les institutions de la mode prennent de l’altitude, ils oublient de regarder ceux qui créent au sol. Il y a quelque chose d’assez fascinant dans cette image : un avion privé, deux hommes qui discutent, des fauteuils confortables, les nuages derrière les hublots… Une scène presque parfaite d’un autre temps, car autrefois il y avait des visionnaires pour le secteur. Une question s’impose immédiatement : Y a-t-il encore aujourd’hui un pilote dans l’avion mode ?

A force de réunions, de commissions, de rapports, de colloques et de grands discours sur « l’avenir de la création », on finit par se demander qui tient réellement les commandes. Pendant que les institutions cherchent encore la recette miracle pour faire émerger les créateurs de demain, une nouvelle génération travaille déjà. Elle expérimente dans des ateliers minuscules, transforme des vêtements anciens, invente de nouvelles matières, mélange artisanat et technologie, publie son travail sur Internet et tente, tant bien que mal, de se faire remarquer. Mais surtout elle manque cruellement de boutique pour vendre leurs produits

Le problème n’est peut-être donc pas l’absence de talents, le problème, c’est peut-être l’absence de radars du Marrant, la mode adore parler de jeunesse… beaucoup moins lui donner les clés. On entend régulièrement les mêmes mots : innovation, transmission, créativité, patrimoine et jeunes talents.

Très bien : Mais concrètement, combien de nouveaux créateurs bénéficient réellement d’un accompagnement sérieux ? Combien peuvent accéder à des ateliers, à des matières, à des financements, à des réseaux de distribution ou simplement à une véritable visibilité médiatique ?

Car il existe une contradiction assez spectaculaire. D’un côté, on explique que la France doit préserver son savoir-faire et rester une capitale mondiale de la création. De l’autre, le jeune créateur qui essaie de construire quelque chose doit parfois se débrouiller seul, avec Instagram comme vitrine, son appartement comme atelier et son compte bancaire ou celui de ses parents comme principal investisseur.

Pendant ce temps, les institutions continuent de chercher « l’idée ». Et c’est probablement là que le bât blesse. On ne manque pas nécessairement d’argent, de patrimoine ou de savoir-faire, on manque parfois d’imagination institutionnelle. C’est le paradoxe : la France possède un patrimoine extraordinaire. Elle possède des maisons historiques, des artisans d’art, des écoles prestigieuses, des savoir-faire exceptionnels et un marché du luxe parmi les plus puissants du monde.

Et pourtant, le véritable défi devrait être beaucoup plus simple : Comment transformer cet héritage en tremplin pour les créateurs qui arrivent aujourd’hui ? Alors, qui pilote ? vraiment posez-vous la question ?

FM