LE MÂLE ALPHA A RENDEZ-VOUS CHEZ L’ESTHÉTICIENNE

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Il n’y a pas si longtemps, la salle de bain d’un homme ressemblait à une scène de crime archéologique : un savon momifié datant du mandat Sarkozy, une mousse à raser fossilisée et un flacon de parfum offert par tata Ginette en 2014 : jamais ouvert, jamais regretté. L’hygiène masculine se résumait à une philosophie simple : « si ça pique sous la douche, c’est que ça nettoie ». Puis, soudain, c’est arrivé. Une épidémie. Les jeunes mâles, le cerveau aspiré par leur écran seize heures par jour, ont fait une découverte sismique : il existe d’autres liquides que le gel douche 3-en-1 « cheveux, corps, âme ».

Pendant ce temps, leurs aînés, brusquement persuadés qu’ils allaient vivre jusqu’à cent dix ans grâce à un sérum à 40 euros, se sont mis à empiler crèmes, exfoliants et lotions comme on empile des excuses pour ne pas faire la vaisselle. Résultat : les ventes de soins pour hommes explosent plus vite que la barbe d’un influenceur sous complexe de vitamines D, B12 et ego.

Les experts en marketing, ces grands savants, pensaient que les produits unisexes allaient tout changer. Raté. Les vrais artisans de cette révolution capillaire et cutanée furent une armée de vidéos de quinze secondes, le fameux « looksmaxxing » (comprendre : passer trois heures à mesurer l’angle de sa mâchoire au lieu de répondre à ses messages), quelques gourous de l’optimisation faciale, et une horde de jeunes hommes se regardant sous tous les angles possibles comme s’ils négociaient un rôle dans Thor.

Pendant que certains gourous du bien-être déroulaient des PPTs sur l’harmonisation des chakras cutanés en dix-sept étapes quotidiennes (matin, midi, soir, et au cas où, à 3h du matin). Dr. Squatch, lui, vendait du savon avec des blagues de cours de récré, des éditions limitées et des vidéos capables de transformer un pain de savon en superstar planétaire sur TikTok. Résultat : des montagnes de savons écoulées et des clients hilares qui moussaient presque autant qu’ils riaient : un exploit marketing qui mérite, à défaut d’un Nobel, au moins un bon point.

En somme, mesdames, l’idéal n’est pas d’attendre de ces messieurs qu’ils deviennent des dieux grecs du soin personnel sculptés à l’huile d’argan. L’objectif est plus modeste, il est simplement qu’ils ne déclenchent plus d’alerte sanitaire chaque fois qu’ils entrent dans une pièce. On appelle ça le progrès. On appelle aussi ça : un minimum.

FM♥