QUAND L’OMBRE DE MAN RAY DANSE SUR LE MARBRE DE MILAN
Je me trouvais là, parmi cette assemblée de regards sans lueur, lorsque défilèrent les créations de ce jeune homme que l’on nomme Davis, et je confesse que quelque chose en moi, que j’eusse cru à jamais enseveli, sous les mélancolies de Combourg, frémit de nouveau.
Il y avait dans ces silhouettes une grâce que je n’aurais su nommer autrement que poétique : le color block s’élevait comme une strophe bien scandée, les imprimés murmuraient une langue nouvelle que Cézanne eût peut-être comprise, et les constructions semblaient tenir de l’architecture des cathédrales autant que de l’art de Man Ray, cet étrange génie qui peignait ce qu’il ne pouvait photographier.
La palette de couleurs parlait avec la discrétion des choses profondes, et les silhouettes, souples dans leurs coupes, avaient cette élégance des grandes eaux qui coulent sans effort et sans bruit. C’est alors qu’Oscar, à ma droite, laissa tomber avec ce sourire de sphinx qui lui est propre : « La mode est le seul art où la femme est à la fois le peintre et la toile et Davis, lui, a compris qu’elle peut aussi être le poème. »
Je ne lui donnai pas entièrement raison, car les deux robes Charleston, avec leurs lamés dorés et leurs satins métallisés appliqués sur ces hanches basses, me parurent davantage brillantes que lumineuses semblables à ces feux de Bengale que l’on admire un instant avant qu’ils ne s’éteignent dans la nuit.
« Vous confondez l’éclat et la beauté », lui répondis-je. Il haussa les épaules avec délice : « Et vous, la nostalgie et le jugement. Mais, convenons au moins que la maison Ferragamo retrouve ici quelque chose d’une âme. » À cela, je ne sus que consentir en silence.
FM♥

