QUAND PIETER MULIER REFERME LE LIVRE ALAÏA

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Il est des crépuscule où la mode ressemble à la littérature, des soirs où un créateur quitte la scène comme un personnage qui referme un livre. Hier soir, Pieter Mulier a tiré sa révérence chez Alaïa, devant une foule à la fois élégante et silencieuse, faite d’amis, de complices et de regards un peu humides. Il y avait dans l’air quelque chose de ces adieux qui ne disent pas vraiment adieu, mais qui laissent derrière eux un parfum persistant, comme une phrase que l’on n’oublie pas.

On se pressait devant le bâtiment de Jean Nouvel, cette architecture claire qui abrita autrefois la Fondation Cartier, et qui, depuis quelque temps, accueille les liturgies d’une maison singulière dans le paysage parisien, car Azzedine Alaïa n’était pas seulement un nom, c’était une exigence. Une manière de sculpter le tissu comme d’autres sculptent la pierre.

Pour une collection testament cousu de fil invisible, sorte de tentative de frôler la quintessence de son art, comme si chaque robe était une lettre adressée à celui ou celle qui viendra après lui. Sous l’impulsion de Pieter Mulier, on y venait pour voir respirer la mode. Et puis tout s’arrête parfois comme une porte que l’on ferme un peu trop vite. L’annonce de son départ vers Versace est tombée, soudaine, brutale, disent certains, déjà atteints par cette nostalgie étrange qui naît toujours au moment même où une histoire s’achève.

La valeur de ces années pourrait presque se mesurer au nombre de silhouettes rassemblées dans ce boulevard Raspail, à l’issue d’une journée saturée de défilés. Parmi elles, des fidèles: Matthieu Blazy, Raf Simons. Et surtout cette équipe, sa troupe silencieuse, celle qui transforme les idées en couture. Quant à cette dernière collection… Vous en jugerez vous-même, comme on juge un dernier chapitre, avec les yeux, mais aussi avec le souvenir.

FM