COPERNI : LE PRIX DU BUZZ

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Il est des faillites qui dépassent le simple naufrage d’une entreprise. Elles révèlent, avec une ironie presque cruelle, l’aveuglement de ceux qui prétendent gouverner le destin de la mode française. Coperni, cette maison portée aux nues, célébrée pour ses prouesses technologiques et accueillie dans le calendrier officiel de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, cesse aujourd’hui ses activités. Le rideau tombe, les projecteurs s’éteignent et, derrière les effets de scène, apparaît cette vieille vérité que les grands stratèges semblent avoir oublié : on ne bâtit pas une maison de mode avec du spectacle et des communiqués de presse.

Voilà donc les visionnaires de la mode française confrontés à une réalité moins photogénique qu’un défilé : celle des comptes, des créanciers et des entreprises qui disparaissent. À force de confondre le bruit médiatique avec la solidité économique, on finit par prendre un feu d’artifice pour un lever de soleil.

Car le véritable scandale n’est pas qu’une jeune maison échoue. L’entrepreneuriat comporte ses risques, et ses fondateurs méritent le respect pour avoir tenté l’aventure. Le scandale, c’est cette caste de décideurs qui prétend distinguer les maisons d’avenir, tout en laissant dans l’ombre des créateurs français qui travaillent, produisent, emploient et perpétuent un véritable savoir-faire. On préfère une robe vaporisée sur un mannequin à une maison capable de construire une garde-robe. On applaudit la performance, on oublie le vêtement. On célèbre l’instant, sans jamais s’interroger sur le lendemain.

La Fédération devrait pourtant se souvenir qu’elle n’est pas une agence de communication chargée d’organiser le concours du plus joli coup médiatique. Sa vocation devrait être de défendre une industrie, un patrimoine, une excellence et surtout un avenir. Mais comment prétendre préparer cet avenir lorsque la sélection semble parfois davantage séduite par le retentissement et la sexualité d’une image que par la pérennité d’une entreprise ?

Coperni disparaît, et avec elle s’effondre une certaine idée de la réussite fabriquée à coups de visibilité. Que ceux qui distribuent les brevets de modernité méditent cette leçon : une Fashion Week peut fabriquer une célébrité en une soirée, mais elle ne fabrique pas nécessairement une entreprise viable.

Quant à Monsieur Le Marrant, notre grand économiste de la mode, souhaitons lui pour ses prochaines sélections un instrument révolutionnaire : une calculatrice. Car à force de choisir des maisons pour leur capacité à faire parler d’elles, on finit par organiser le défilé des bilans déposés.

FM♥