FASHION WEEK ET SILHOUETTES MANUFACTURÉES

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Fashion Week : bienvenue au rayon Bimbos de luxe et des incultes en tout genre. À chaque Fashion Week, c’est le même spectacle qui revient, avec la régularité d’une promotion chez Lidl : des jeunes femmes déshabillées jusqu’au minimum syndical, perchées sur des échasses Louboucatin, le visage figé dans une expression qui semble hésiter entre l’ennui profond et la constipation existentielle, s’exhibent devant une foule de smicards tous aux Assedic, pour la plupart, à donner leur avis sur tout mais surtout leur avis.

On nous présente ces nouvelles égéries comme les icônes de demain. Très bien. Mais, de quoi sont-elles exactement les icônes ? De la mode ? De la beauté ? De la féminité ? Ou tout simplement du formidable pouvoir qu’a l’industrie du luxe et de la mode de transformer un être humain en un panneau publicitaire à deux jambes ?

Car il faut reconnaître au système une certaine efficacité. Vous prenez une jeune femme très affamée, vous lui mettez quelques centimètres de tissu, vous ajoutez un sac à main hors de prix, deux projecteurs, trois photographes hystériques et une poignée de communicants capables de transformer n’importe quelle paire de jambes en « manifeste à la Pagès». Et voilà : vous avez une muse.

Le plus fascinant reste cette capacité à nous vendre l’art de la nudité sous emballage cadeau. Une femme presque nue dans la rue serait vulgaire. La même femme habillé d’un ticket de métro avec le logo d’une maison de luxe cousu sur son séant devient soudainement une « proposition audacieuse pour la si délicieuse Frontanel, ancienne porteuse de cafés chez ELLE. Il suffit donc d’ajouter une marque ou un nom pour que la vulgarité obtienne son diplôme des Beaux-Arts, petit clin d’oeil à ma copine Alex, ma Russkoff de service préférée.

Quant à moi, désolé, mais cela ne me fait rien, absolument rien : pas de garde-à-vous sous la couette, et c’est certainement mieux pour éviter les gardes à vue, car ces femmes-là, après vous avoir aguiché outrageusement, appellent « police secours ». Aucune petite étincelle de fascination devant ces silhouettes manufacturées, on nous explique que c’est sublime, que c’est moderne, que c’est transgressif. Eh bien non !

Le plus savoureux, dans cette histoire, est que cette esthétique fabriquée à grands renforts de luxe, de nudité et de provocation finit dans les mains de propagandistes Russes qui rêvent de démontrer que l’Occident serait en pleine décadence. Nous fabriquons des images absurdes, nous les vendons comme le sommet de la modernité, puis certains régimes les exhibent en disant : « Regardez donc jusqu’où ils sont tombés. » Et voilà comment une robe hors de prix, trois mètres de jambes et une campagne publicitaire peuvent finir par se transformer en argument géopolitique.

Tout ça pour vendre un sac ! Il faut peut-être arrêter de nous prendre pour des imbéciles car la beauté n’a pas besoin d’un communiqué de presse. Le désir n’a pas besoin d’un directeur artistique, et une femme n’a certainement pas besoin d’être transformée en présentoir humain pour justifier le prix d’une collection.

À force de vouloir fabriquer du désir, la mode finit parfois par fabriquer exactement l’inverse : de l’indifférence sous projecteurs. Et lorsqu’une industrie dépense des millions pour nous convaincre que nous devrions trouver quelque chose de magnifique, il serait peut-être temps de se demander si nous trouvons réellement cela beau… ou si nous avons simplement appris à applaudir ce story-telling en talon. Pour moi, c’est terminé la Fashion Week, et certains seront contents, que je retourne comme un vieil ours, hiberner dans ma Bretagne profonde.

FM ♥