CELINE LE VESTIAIRE MORT
Il y a des collections qui ne disent rien, et celles-là, au moins, ont le mérite du silence. Mais, il en est d’autres plus dangereuses, plus agaçantes qui prétendent parler, qui convoquent le vocabulaire du style, de la personnalité, de la liberté vestimentaire, et qui finissent par ne produire qu’un bruit sourd, le bruit creux d’une idée sans corps.
C’est à cette seconde catégorie qu’appartient ce vestiaire prétendument « vivant », où chaque pièce semble avoir été conçue non pour habiter un homme, mais pour illustrer une note d’intention. Le résultat est un catalogue de possibilités qui n’en sont pas : des silhouettes assemblées selon les règles d’un style sans en avoir l’âme, des looks qui évoquent moins des personnalités singulières qu’une galerie de synthèse, l’intellectuel de boulevard, le dandy en kit, chacun parfaitement interchangeable, aucun vraiment crédible.
On nous promet des hommes que l’on pourrait croiser rue de Buci ou sur le quai du métro Odéon, et on nous livre des personnages de plateau, habillés pour jouer à être parisiens. La coupe est juste, la matière noble, le coloris savamment atténué et pourtant, quelque chose ne respire pas. Ces vêtements ne vivent pas : ils posent. Ils n’habitent personne ; ils attendent d’être portés comme une armure attend un chevalier qui ne viendra pas. C’est de la mode au sens le plus étroit et le plus triste du terme : ce qui est à la mode cette saison, et qui, pour cette raison précise, sera déjà daté dans dix-huit mois.
Rider dit vouloir composer des possibilités plutôt que des uniformes. L’ambition est belle. Mais une possibilité qui ne s’ouvre sur rien, une liberté vestimentaire qui tourne en rond dans ses propres références, finit par ressembler à ce qu’elle prétend fuir : une convention de plus, mieux habillée que les autres, mais convention tout de même.
Le vrai style, celui qui naît de la personnalité et non de son imitation, ne s’annonce pas dans une note de collection. Il arrive sans prévenir, sur une silhouette imparfaite, dans un vêtement qu’on ne remarquerait pas à vitrine ouverte, porté par quelqu’un qui n’a pas eu besoin qu’on lui explique qu’il était libre. Cette collection, elle, a trop besoin qu’on la comprenne pour être vraiment compréhensible.
FM ♥
