VUITTON SURF’S UP L’ART DE SE NOYER DANS LE RIDICULE

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Permettons-nous d’être clairs, une bonne fois pour toute : Louis Vuitton n’a pas fait une collection de surf. Louis Vuitton a fait une collection sur le surf, ce qui est exactement aussi crédible que Berlusconi donnant des leçons de chasteté. Cowabunga bunga, c’est le nom de la collection parce qu’il faut bien rire, mais personne n’a rien compris sauf les lecteurs assidue de Snoopy.

Le grand petit Pharrell Williams, génie visionnaire en baskets toujours « Happy » a donc décidé de nous vendre l’océan. Un homme, qui n’a découvert la planche de surf que l’année dernière, vous explique désormais le lifestyle côtier avec l’autorité d’un Laird Hamilton en costume croisé. Surnommé « Skateboard P » au lycée pas « Surf PET », Skateboard P donc débarque aujourd’hui dans le milieu aquatique avec l’humilité tranquille de celui qui confond une combinaison de plongée et un brief de piscine municipale avec le cerveau de poisson rouge.

Et quelle entrée en matière ! Le podium serpentait depuis l’arrière d’une vague artificielle. Artificiel, comme le talent, comme la culture surf, comme la modestie du bonhomme. Une vague en carton-pâte projetant des embruns sur des mannequins en cachemire côtelé. Du cachemire par la chaleur écrasante, pour aller surfer. On croit rêver, sauf que non, on transpire, et ce n’est pas les embruns LV qui y changeront quoi que ce soit.

Mais le summum, l’apothéose, le chef-d’œuvre absolu de cette entreprise de pillage esthétique : le Monogram sur combinaison de plongée. La maison du. seigneur  appose son logo sur de l’équipement de plongée fonctionnel. Fonctionnel ! On imagine déjà le surfeur de Biarritz, entre deux rouleaux, sortir de l’eau en combinaison monogrammée à 4 800 euros, regarder son dauphin préféré dans les yeux et lui dire : regarde comme je suis arrivé.

Et pendant ce temps, les chemises hawaïennes à palmiers et les shorts en jean coupés défilaient, inadaptés à Virginia Beach d’où Pharrell est originaire parce que Virginia Beach, mes amis, ce n’est pas Malibu, et Pharrell le sait mieux que quiconque puisqu’il en est précisément parti le plus vite possible.

On notera aussi, avec la tendresse qu’on réserve aux détails qui tuent, le jean brodé de coquillages pour les moules qui assistaient au défilé, précise notre correspondant sur place avec une justesse chirurgicale ainsi que la veste en patchwork d’écussons souvenirs, pièce maîtresse d’une collection qui ressemble moins à une vision artistique qu’au fond du sac d’un touriste revenant de dix pays différents.

Cerise sur le peignoir en laine bouclée, Williams a cru bon de déclarer, avec le sérieux des grands : « Je suis directeur artistique, mais je suis un créateur qui consomme : je dessine des choses que je sais que je vais porter. »

Autrement dit : il se fait lui-même sa propre publicité, parce qu’il faut bien assurer la promo quand on ne sait ni coudre ni surfer. La boucle est bouclée. La vague est artificielle. Le monogram est sur la combinaison. Et quelque part, une Bimbo assise au premier rang applaudit. Avec cette chaleur, Louis Vuitton ne rêvait que de piquer une tête. Il a surtout piqué les collections des autres. C’est ça, le luxe.

FM♥