UN NAUFRAGE CHEZ FENDI

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Quand la hache managériale se prend les pieds dans le tapis ! Voici la chronique d’un naufrage à prix d’or : il faut croire que chez Fendi, on répare les vieilles machines en cassant d’abord tout ce qui fonctionnait encore. Appelé au chevet de la maison italienne pour la ranimer d’une torpeur qui n’en finissait pas, Ramon Ros s’est mis en tête, avec l’enthousiasme d’un chirurgien pressé, de tout tailler dans le vif à la fois. Restructuration tout azimut, chaises musicales à tous les étages de la direction : le nouveau capitaine avait visiblement plus de goût pour le grand ménage que pour le service minimum. Belle ardeur ! Dommage qu’elle se soit heurtée, comme souvent, au mur increvable du droit du travail et de la comptabilité.

Car parmi les têtes tombées sur l’autel du renouveau, celle de Cristiana Torre (Brand Strategy & Fashion Advisor ) restera sans doute dans les annales comme un cas d’école : celui de l’art délicat de transformer un simple départ en fiasco pour manuel de gestion de crise. Selon nos informations, l’affaire a été menée avec une telle maladresse que la maison n’a eu d’autre choix, pour éviter que le linge sale ne s’étale davantage devant les tribunaux, que de dégainer le chéquier. Un chèque, dit-on, à la hauteur du désastre : conséquent.

Dans l’univers feutré du luxe, où les états de service des cadres supérieurs se paient au prix de l’or, ce genre de bévue ne se chiffre jamais en anecdote : elle se chiffre en centaines de milliers d’euros voir de millions, frais de chasseurs de têtes service compris non demandé. Et au-delà des colonnes du bilan, c’est toute la culture d’entreprise qui prend l’eau, un joli « couac », pour reprendre l’euphémisme maison, qui en dit long sur la solidité des méthodes managériales dans cette filiale du géant du seigneur des Arnault.

Sur Glassdoor et Indeed, et sur la section « Gossip » de Canal-Luxe où les salariés anonymes du luxe disent tout bas ce que la direction préférerait ne jamais lire, on murmurait déjà une pression permanente et une valse des dirigeants dont le tempo commençait à donner le tournis.

Le départ, aussi précipité que coûteux, de Cristiana Torre n’a fait qu’ajouter une note discordante à cette partition déjà bancale, creusant un peu plus la défiance des cadres restés en poste. Pendant ce temps, imperturbable, Ramon Ros continue de redessiner l’organigramme à grands coups de crayon : recrutements de Maria Elena Cima et de Gianmaria Pizzocheri à l’appui comme si de rien n’était.

Ce petit accident de parcours financier a au moins le mérite de rappeler une vérité simple : dans les ressources humaines comme dans la mode, la précipitation se paie parfois aussi cher qu’une collection ratée. Et coûte souvent bien plus cher à recoudre. Reste une loi que l’on croyait pourtant gravée depuis longtemps dans le marbre des directions générales : à force de manier la pelle avec tant d’entrain, le fossoyeur finit toujours, un jour ou l’autre, par s’enterrer lui-même.

FM