MOTORS COFFEE EAU DE VAISELLE ET PRIX DE PÉTROLE

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Je suis entré chez Motors Coffee avec l’innocence d’un homme qui veut un expresso, et j’en suis ressorti avec l’impression d’avoir bu le fond d’un évier, avec la facture d’un baril de Brent. Ce que l’on m’a servi n’était qu’un jus de chaussette, une lavasse à peine teintée de noir, gênée d’exister, qui avait vaguement entendu parler d’un grain de café lors d’un dîner en ville mais ne l’avait jamais rencontré : une sorte de mise en abyme gastronomique pour bobo parisien.

Je me suis dit : il y a forcément une méthode d’extraction qui m’échappe, un procédé secret, venu d’Éthiopie ou de Brooklyn, qui consiste à passer l’eau près du café sans jamais les présenter l’un à l’autre. Ou alors, deuxième hypothèse, je suis tombé sur Motor Gazprom, célèbre extracteur de pétrole, spécialiste du brut de « cheat » de mauvaise qualité. Ça expliquerait le nom de l’enseigne, d’ailleurs. Motors : on y vient pour faire le plein, on repart avec une panne sèche.

Alors, face à mon étonnement parfaitement légitime, j’interpelle le serveur, supposé tenir le comptoir, qui cirait ses « pompes ». Et là, le regard vide, le ton monocorde, il me soutient que c’est un café normal. Normal. Dans cet établissement, la normalité, c’est donc de boire une rumeur de café. Il y avait dans sa voix quelque chose d’inaudible, ce murmure typique des boutiques de bobos parisiens, où l’on vous répond sans vous répondre, où l’on vous dit que tout va bien pendant que votre papille agonise.

Une seule chose, au milieu de ce grand vide, fait preuve d’une cohérence remarquable : le prix. Le prix du luxe, qu’ils s’obstinent à vous imposer avec un aplomb que ne renierait aucun joaillier de la place Vendôme. Le café est aux abonnés absents, mais l’addition (5 euros les 20 cl) est toujours à l’heure, droite dans ses bottes, sûre de son bon droit. À fuir absolument.

FM

Motors coffee
7 Rue des Halles,
75001 Paris