LA FEMME GIVENCHY 2027
Sans entrave mais aussi sans « Givenchichi », telle était la devise gravée sur la missive qu’on me remit, et je ne sus d’abord si je devais lire cette confidence qui usuellement tire ma plume vers le haut. C’était au cœur de Hôtel de Soubise, écrin des Archives Nationales à Paris qui avait couvert le ciel d’un toit de paille, sorte de paillote polynésienne, où les interstices laissaient entrer la lumière de Paname. Peu de chose finalement suffisait au dépaysement.
C’est là que m’apparut la femme « Givenchy 2027 ». Elle avançait sans bruit, et l’on eût cru que sa démarche avait fait la paix avec le silence. Hier encore, la couleur l’avait enivrée ; elle en gardait la nostalgie, comme on garde le souvenir d’un printemps perdu. Mais voici que l’été lui demandait le noir, avec tous ces tons graves du répertoire neutre, qui sont la livrée des cœurs mélancoliques, et vêtue de cette tristesse tendre de ceux qui ont beaucoup aimé.
Ses robes étaient sobres sans être sévères. Ses pantalons amples et ses vestes souples flottaient comme des songes, stricts mais un peu dévergondés dans la coupe, ainsi que le sont toutes les passions bien élevées. Je reconnus dans ces silhouettes les saisons écoulées, mais réduites à leur expression la plus calme, comme un orage qui s’achève en murmure.
Bourgeoise et bohème, motarde en Perfecto marchaient à plat pour ne par trop en faire. Puis, le cœur soudain plus vif, elle se rehaussait d’un derby à talon, et leur allure devenait incisive. Ce je-ne-sais-quoi, que Paris seul sait donner et que nul ne saurait nommer, flottait autour d’elle, elle était habillée, un point c’était tout.
Point de bijou pour troubler cette harmonie, seuls quelques sacs, pour seuls compagnons de ses errances et des ceintures de toutes tailles, qui d’un geste léger nouaient la silhouette qui fait l’élégance. Je la vis s’éloigner dans la clarté pâle de l’automne commençant, et je songeais que le véritable chic n’est peut-être que cela : une absence de tout ce qui pèse, une âme qui s’habille de simplicité avant de s’en aller vers l’horizon.
FM♥
