CHANEL L’ENVOL DE BLAZY SOUS LA VERRIÈRE
Je suis entré sous la verrière du Grand Palais comme on pénètre dans un souvenir qui n’est pas encore le sien. Tout y était couleur, tout y était élan : des teintes qui se répondaient comme des échos au bord d’une falaise, des silhouettes qui allaient et venaient, les unes sévères, les autres rieuses, et sur chacune la main d’un homme, Mathieu Blazy, qui avait voulu embrasser Chanel tout entière, sa légende et son avenir avec 83 silhouettes couvrant une grande variété de styles.
Qu’il est difficile de dire l’abondance ! Plusieurs modèles m’ont saisi, mais le champ du possible était si vaste que je ne saurais en élire un seul sans trahir les autres : l’ensemble était réussi, et la réussite, quand elle est complète, impose silence à l’éloge particulier. Faut-il s’étonner que la maison ait vu croître son chiffre d’affaires de seize pour cent, et plus de deux chiffres ? Je gage que cette collection lui permettra de tenir son rang l’année prochaine.
Le tweed demeurait, vieux compagnon de la maison, mais redessiné, assoupli, afin que la femme y fût à son aise, non plus prisonnière du tailleur mais libre d’y vivre comme dans une robe. Nonobstant un tailleur jupe jaune comme un matin d’été sur la côte, retint longtemps mon regard.
Puis, je levai les yeux. Au plafond, des goélands. Je confesse qu’un mouvement d’humeur me monta d’abord aux lèvres, et que je faillis maudire ces oiseaux criards. Mais, la gravité du lieu me rappela à plus de justesse : quel message ces ailes portaient-elles ? Jonathan Livingston, peut-être, ce goéland qui refuse de voler pour la seule pitance, qui veut maîtriser le ciel pour lui-même, que sa colonie bannit et que l’exil élève, avant qu’il ne revienne enseigner aux proscrits la liberté. Ose dépasser les limites qu’on t’impose, suis ta passion, aide les autres à trouver leur voie : tel était le message.
Et je compris que ce goéland, comme la maison qui l’avait appelé sous sa voûte, cherchera toujours sa route, et que c’est peut-être en la cherchant, sans jamais l’atteindre tout à fait, qu’il demeure vivant.
FM♠

