BALENCIAGA LE SPECTACLE COMMENCE LA CULTURE S’ARRÊTE

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Ce matin, au show de Balenciaga, j’étais assis à côté d’une bimbo de supermarché, décolleté plongeant jusqu’au nombril, qui s’est tourée vers moi et m’e demandé : « Les coraux, c’est bien les petites maisons qu’il y a au nord de la France ? » (Silence.) « Non, mademoiselle, ce sont les corons. »

La pauvre, avec son master en « personal branding » obtenu en regardant des « stories », elle s’était probablement réveillée à 14h, « hyper tôt » selon elle. Pour elle, Napoléon, c’était le mec de Joséphine Baker, et Dubaï est en Europe. Une caricature, oui, mais pas si loin que ça de la réalité. Sa phrase fétiche, je l’ai devinée :  » Mais wesh, je suis une bombe ! »

Soyons honnêtes : le vrai sujet, ce n’est pas qu’elle ne sache pas où se trouve Dubaï. C’est qu’un système récompense la visibilité plutôt que le savoir, et que des millions de gens cliquent. Mais  (Les lumières s’éteignent.) La collection commence.

Il est des spectacles qui tiennent à la fois de l’avènement et du naufrage : c’est la première fois, je crois, qu’une maison voit défiler l’œuvre d’un homme qui l’avait déjà quittée, et qui n’aura fait que passer sous ses lambris le temps d’une saison, comme une ombre chargée de relever les cendres de Demna. Que dire de cette collection ? Qu’elle est un mélange et comme un palimpseste, où l’on distingue encore le pourpre de Valentino, les spectres du géorgien et la gravité de Balenciaga, ainsi qu’on reconnaît, dans une ruine, le passage successif des siècles.

Une chose, du moins, demeure certaine : sa connaissance de l’art avec Les Coraux de la Liberté, œuvre de l’artiste française contemporaine Aude Franjou, Pierpaolo Piccioli est un très grand créateur. Nous l’avions pressenti, jadis, lorsqu’il travaillait aux côtés de Maria Grazia Chiuri, comme on devine le génie d’un jeune homme derrière la femme et avant que le monde ne lui en ait rendu justice.

Il eût été mieux à sa place chez Dior ; je l’ai dit dès le premier jour, et le temps qui juge impitoyablement, ne tardera pas à me donner raison. Mais qu’importe : sa maîtrise de la couture est telle que nous reverrons cet homme, assurément, sous le toit de quelque grandes maisons.

Hélas ! les hommes de la mode sont ainsi faits : ils ne comprennent rien à la beauté du geste, à cette grâce secrète de la main qui coud et qui crée. Ce qui les touche, ce n’est point l’art, mais le profit qu’ils en espèrent. Ils ne songent qu’à capter l’or des puissants, pour s’enrichir eux-mêmes sans mesure et sans fin, tandis que la couture, noble et dépouillée, s’éteint doucement dans l’oubli de leurs calculs.

FM