DIEU ET DIEU FONT TROIS

C’est le dimanche que la solitude pèse le plus, mais le dimanche on peut traîner dans les magasins, là où les cartes bleues chauffées à blanc viennent révéler toutes nos indices de frustration. Voilà quarante ans que nous nous suicidons lentement, et que le savoir est relégué aux bibliothèques des accessoires, quarante ans que les barbares frappent à la porte pour nous signifier que nous seront bientôt morts.

Le nouveau fleuron du centre de Paris ne fait pas exception ; le personnel de jeunes, à peine formés, bourdonnait à l’intérieur comme une ruche qui s’éveille. Pourtant, la joie de vivre ne s’achète ni au supermarché ni même dans les magasins de luxe. Dans ces usines de la consommation, on vend de la satisfaction pour les riches et du désespoir pour les pauvres regardant ce flacon de parfum « Lalique » à 50 000 euros pièce.

Et je regarde le déshabillé de cette jeune mariée qui se commandera cette saison à la Compagnie des bons samaritains pour ces oies blanches, plus noires qu’un tableau de Soulage, appelé de mon sobriquet préféré « Bimbos ». Nouveau grand magasin, qui apparait dans le quartier du centre, comme un musée, une prédiction de plus d’Andy Warhol. Je regarde et contemple cette comédie plus inhumaine, qu’humaine, cette théologie du luxe si simple comme Dieu et Dieu font trois.

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