VILMORIN NOUS ON SÈME

Charles de Vilmorin, cet homme à l’habit triste avec sa torve gueule de faux Gréco, cette décoction de Pierre Bergé macéré dans le foutre rance de St Laurent, comme une oscillation entre l’Eucharistie et le lupanar, l’un des plus obscènes bluffeurs de couturier qui est poussé dans les « verges » de la maison Bismarck, tout un programme ! Son intelligence n’est pas médiocre, mais son œuvre l’est, parce que son esprit est tourné vers le vide, et entre sa grand-tante Louise de Vilmorin, célèbre femme de lettres et compagne d’André Malraux, qui lui aurait dit : « rentre ici Charles de Vilmorin avec ton terrible cortège de couturiers défunts. »

Il me fait songer à un vieil acteur famélique sans emploi, sorte d’épave de la bohème qui échoue un soir de dèche à l’asile de nuit, où si on le refuse, finit en habitué de l’IFM dans sa bibliothèque pour rejoindre ses collègues copistes professionnels au linge douteux qui somnolaient pendant les cours de Maître « Marant », le phœnix des hôtes de ces bois. Ses idées sont certes grandioses à l’origine, mais le résultat est très médiocre, et bien qu’il représente la quintessence des Français par sa tante, sa couture nous fait penser à la douairière Vivienne Westwood.

En fixant du tulle bien raide sur toutes sortes de manches, d’épaules et d’ourlets, il pense avoir l’esprit couture, et ses ailerons de poisson peuvent nous faire croire qu’il connait Salacie, mais ce poisson volant ne brillera certainement pas au firmament de la couture. Robes du soir métalliques et robes « tante » en popeline blanche ornées de ses croquis fantasmagoriques pour rappeler que celui-ci dessine. Une modéliste a travaillé pour lui, la douce Camille, qui, elle, était première en classe ce qui vient donner la bonne structure dans le vêtement, mais je ne juge jamais à la première collection. J’ai quand même une pensée émue pour cette femme sublime, Nelly Brignole, la muse de Marcel Rochas, qui doit se retourner dans sa tombe.

Anonymode

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