HALLOWEEN : LES MONSTRES SE SAPENT EN LUXE !

Non classé

Autrefois, on craignait les sorcières, les vampires et les revenants. Aujourd’hui, il suffit d’ouvrir un magazine pour voir des monstres botoxés devenus directrices artistiques de magazines ou attachées de peste. Chaque 31 octobre, l’humanité célèbre cette merveilleuse tradition qui consiste à transformer des enfants en mendiants et des adultes en légumes dépressifs. On frappe aux portes pour réclamer des sucreries. Autrefois, cela s’appelait du racket, aujourd’hui, c’est une fête familiale. On croyait que cette nuit-là, la frontière entre le monde des vivants et celui des morts devenait poreuse, et que les esprits pouvaient revenir sur terre.

Quant aux citrouilles, toujours présentes par les séants des demi-mondaines : on les vide de leur botox, on leur dessine une ride et on les expose sous les « protecteurs de l’homme de Tolède. »

Mais, la mode n’a pas attendu Halloween pour cultiver l’horreur. Dans son livre « Fashion Victims », Alison Matthews David nous rappelle qu’à certaines époques, s’habiller relevait davantage de la tentative de suicide que de l’élégance. Chapeaux empoisonnés, robes inflammables, teintures toxiques : les couturiers avaient inventé le prêt-à-mourir bien avant le prêt-à-porter.

Isadora Duncan fut étranglée par son propre foulard, happée par la roue de son automobile. Deux demi-sœurs d’Oscar Wilde furent victimes d’un incendie lors d’un bal costumé, quant à Madame Bovary, si elle avait connu certaines collections contemporaines, elle aurait avalé son arsenic avant même d’en consulter les prix. Mais, peut-être que, déguisée en courgette, elle aurait fini par retrouver le sens de la vie.

Et puis, un soir sur les quais de Seine, John Galliano, ce grand prêtre du sublime décadent, transforma les quais, sous les fenêtres du seigneur, en une procession de créatures sorties d’un cauchemar de Kafka. Les mannequins avançaient comme si Frankenstein avait ouvert une agence de casting. Quasimodo, l’homme des « Cévennes », aurait été recalé pour manque d’originalité, « Dracula CuCula » a été prié de retirer sa cape jugée trop classique par la Pavlova.

Les poupées de « porc Seulaine », elles aussi, ont rejoint le grand sabbat de la mode. Ces petites créatures au regard fixe, qui ne mangent jamais, ne vieillissent pas et ne demandent aucune augmentation, représentent naturellement le personnel idéal pour l’industrie du luxe. Des employées muettes, sans contrat, sans congés payés et dont on peut dévisser la tête au moindre désaccord : le rêve de tout Seigneur du Luxe. Il faut dire qu’à force de chirurgie esthétique et de filtres numériques, la distinction entre une poupée et certaines invitées du dîner de la fin de la Fashion Week relève désormais de l’expertise d’un antiquaire.

Et que dire des vampires ? Ces aristocrates pâles, vêtus de noir, qui ne sortent que la nuit, fuient la lumière du jour et vivent éternellement du sang des autres. Autrement dit, le portrait presque parfait d’un Ardisson, patron de presse.

Le balai des sorcières est désormais qualifié de pièce artisanale, et leurs verrues de manifestes contre les diktats de la beauté. Une vieille femme vêtue de haillons, la chevelure d’un blanc parfait recouvrant sa « frontanelle » et habitant devant Jeanne d’Arc, autrefois chassée du village mode, serait aujourd’hui photographiée dans Canal-Luxe sous le titre : « La nouvelle vieille radicalité du luxe silencieux ». On lui a volé son balai, pour le recouvrir de cuir de « raie » appelé aussi « Galu Chat »  pour le  revendre 18 000 euros à une héritière persuadée de sauver l’artisanat.

Finalement, Halloween et la Fashion obéissent exactement aux mêmes lois : des adultes se déguisent, des inconnus les photographient, personne ne comprend vraiment pourquoi, et tout le monde fait semblant d’avoir peur de manquer quelque chose.

« Nez en moins » cause Covid, Joyeux Halloween à tous ! Et surtout, méfiez-vous des monstres : les plus dangereux ne portent ni crocs ni cornes. Ils portent un badge VIP, des lunettes noires et vous expliquent très sérieusement qu’un sac en forme de poubelle représente l’avenir de la civilisation.

FM♥