ZIMMERMANN ÉFFLEURE LE MONDE

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La grâce véritable ne réclame ni fracas ni lumière ; elle se reconnaît à cette discrétion souveraine qui laisse à la beauté le soin de paraître. Et sous les doigts de Zimmerman, le Denim oublie sa rudesse, et prend les allures d’une haute construction : il se plie, se sculpte comme les ailes encore immobiles d’un papillon au sortir de sa chrysalide. La mousseline de soie, légère comme une brise de printemps, se voile de blanc pâle et de citron tendre. Des orchidées semblent éclore à même l’étoffe, comme si l’on avait plongé toute la rigueur du soir dans les eaux silencieuses d’un jardin japonais.

Naître avec le printemps, mourir avec les roses, abandonner au vent la poudre fragile de ses ailes, et s’envoler, comme un souffle, vers les voûtes éternelles : voilà peut-être le destin enchanté que veut nous présenter la couturière et ses papillons.

Car le lépidoptère ne demeure nul part : il effleure les fleurs, traverse les jardins, se laisse un instant retenir par leur parfum, puis reprend son voyage. Il porte en lui cette inquiétude magnifique de ceux que rien ici-bas ne peut tout à fait satisfaire, le désir d’aller plus loin, plus haut, vers un absolu que l’on devine sans jamais le posséder.

Ainsi, avance Zimmermann, non dans la démonstration, mais dans la métamorphose, avec l’élégance pour conviction et la légèreté pour langage. Et ce sont peut-être les plus belles victoires, celles qui ne font aucun bruit, lorsque la chrysalide devient papillon et que, après avoir effleuré toutes choses, le désir retourne enfin au ciel chercher la volupté. Bravo, Madame, pour cette collection qui m’a profondément émue. Il est des beautés que l’on admire, et d’autres qui, sans que l’on sache pourquoi, trouvent en nous un chemin secret et viennent toucher l’âme. La vôtre fut de celles-là.

FM