FENDI DU NEUF AVEC DU TRÈS TRÈS VIEUX

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Asseyez-vous, on va parler puzzle. Pas celui que vous rangez au fond du placard avec les 200 pièces manquantes, non : de l’intarsia, cet art qui date du XVe siècle et qui, contrairement à certaines silhouettes de podium, n’a jamais eu recours à Photoshop pour paraître intemporel.

Le principe, j’explique pour les Bimbos incultes du fond de la salle : on incruste dans le bois de fines pièces d’essences différentes, poncées, taillées, ajustées au micron et non pas au « Macron », jusqu’à obtenir une image en relief. Un puzzle en 3D fait par un artisan d’art qui n’avait ni « Pinterest » ni deadline « Instagram », juste une patience pour restaurer une vieille œuvre monacale comme Madonna, et probablement une vue déclinante à force de plisser les yeux sur des copeaux de noyer pour couler comme le Titanic.

L’intarsia textile pique cette logique et la transpose en laine : contrairement au bon vieux jacquard façon Fair Isle où le fil traîne planqué derrière l’ouvrage, comme un ex que l’on n’arrive pas à larguer. Ici chaque zone colorée a sa propre pelote. Pas de fil qui flotte, pas de compromis : une couleur, une bobine, c’est le tricot version « chacun sa place, chacun son rôle », presqu’une leçon de vie qu’on pourrait apprendre en entreprise plutôt qu’en cours du soir au Baron.

Et voilà que Maria Grazia, fraîchement posée chez Fendi, décide de faire du kimono un manifeste façon Intarsia. Elle reprend cette technique vieille de six siècles, la secoue, l’habille, et la ressert comme une réinvention de l’héritage Karl. Sauf que c’est là que la diatribe commence, l’intarsia a été inventée au XVe siècle, ce qui, je le rappelle à ceux qui doutaient, n’était pas l’âge de Karl. Même si, avouons-le, dans certaines interviews, l’homme donnait l’impression d’avoir personnellement assisté à l’invention du rouet ou du fouet, c’est selon.

Bref : on prend un artisan né avant l’imprimerie, on le glisse dans un kimono, on appelle ça de la haute couture, et la mode applaudit comme si personne n’avait jamais entendu parler d’un menuisier florentin avec une scie et surtout beaucoup trop de temps libre. La mode adore ça : redécouvrir l’ancien pour paraître cultivé, le rebaptiser génie contemporain, et vendre la nostalgie au prix prohibitif avec certainement un héritage caché dans la boîte. Franchement, chapeau bas, ou plutôt : Château incrusté, poncé, et vendu au prix d’un baril de pétrole après Ormuz. Mais, une chose est sûre, c’est du pétrole assuré pour le seigneur et Maria illustre ici, une fois de plus, un mécanisme d’appropriation culturelle ! Finalement, tout est bien qui Fendi bien.  Mais, dans quelle monde vuitton !♥

FM