LE HARICOT FÉERIQUE DE LA RUE CAMBON

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On me dit,  qu’un jeune homme a fait pousser une tige de haricot géante au cœur de Paris, et qu’il y a suspendu, comme autant de fruits, des femmes vêtues de guipure et de fleurs brodées. J’avoue que le siècle me surprend encore, moi qui croyais avoir tout vu depuis les ruines de la Haute Couture,  jusqu’à la forêt de Brocéliande en feu.

Mais oui : Blazy a planté des haricots, littéralement, dans les ateliers de la maison, et il en a tiré tout un vocabulaire : vignes, insectes, fleurs à trois dimensions. Il paraît qu’il feuilletait un vieux livre de contes trouvé dans les appartements de  Mademoiselle Chanel. Une émotion d’archéologue, si vous voulez.

Chercher, dans les objets d’une morte, la trace d’une âme, c’est presque une entreprise de mémorialiste. Mais, ce garçon ne cherchait pas à habiller Coco Chanel, il cherchait à deviner si *sa* vie fut un conte de fées.

L’enfance est la seule éternité qui nous reste, moi qui ai traversé les tempêtes du siècle informatique, vous devriez pourtant comprendre qu’un homme qui plante des haricots dans l’espoir d’un conte n’est pas si loin de celui qui écrit ses mémoires en espérant que la postérité y verra une légende.

On me raconte des vêtements où l’ornement se dissimule : des boutons en forme d’insectes nichés sur une veste noire tachée de vert « poison ivy », des fleurs arachnéennes grimpant sur une robe de lin lilas. Rien qui hurle, tout qui se chuchote. Le couturier lui-même a dit : « La Haute Couture chez Chanel, ce n’est pas le grand *wow*, c’est dans les détails. »

Le sublime, ne réside jamais dans l’ostentation, mais dans ce qui se devine : une ruine à demi couverte de lierre, une phrase qu’on n’achève pas…

Mais j’ai appris, avec l’âge et l’exil de la mode , que les grands orgues finissent toujours par se taire, et qu’il ne reste que le détail : une lettre égarée, une fleur pressée entre deux pages. Ce jeune Blazy, en cachant ses bijoux dans le pli d’un tissu, en calligraphiant l’ornement plutôt qu’en le criant, fait ce que je fis toute ma vie transformer ma mémoire en miniature.

Miniature, le mot est juste, c’est lui-même, qui l’emploie. Il dit que la Haute Couture chez Chanel n’est pas un grand tableau, mais un objet précis de la mode, ceux qu’on pourrait mettre dans sa poche. Voilà une définition qui me plaît, à moi qui ai toujours préféré les histoires qu’on glisse dans une valise à celles qu’on accroche au mur d’un musée.

Alors, puisque le conte de fées n’est jamais dans le décor, la tige de haricot, les fleurs psychédéliques, le faste du défilé, il est dans ce que l’on choisit de taire. Et dans ce qu’on ose encore planter, même à Paris, même en 2026, en espérant sans trop y croire qu’il en poussera quelque chose comme une oie blanche mais en or.

FM♥