VAN HERPEN TRENTE MILLE ÉCLATS DE CIEL
J’ai toujours pensé que la Haute Couture, dans ce qu’elle a de plus achevé, n’est rien d’autre qu’une tentative désespérée de faire mentir la matière, de lui faire dire autre chose que ce qu’elle est. Yves Saint Laurent, jadis, avait accompli ce miracle avec une robe aux épaules nues, où la peau et le velours noir se confondaient si parfaitement qu’on ne savait plus où finissait la chair et où commençait l’étoffe ; ce velours pourtant réputé fuyant, insaisissable, comme certains êtres qu’on croit tenir et qui vous échappent toujours. Et que dire des robes de Franck Sorbier !
Mais, ce que j’ai vu à la collection d’Iris van Herpen dépassait, je crois, tout ce que l’homme avait jusque-là osé demander au tissu. Elle avait convoqué le plasma, cette matière insensée qui allume les aurores boréales et arme la foudre. Cette énergie que l’on croyait réservée aux ciels en colère, elle l’avait apprivoisée, ou plutôt persuadée de descendre parmi nous, dans des tubes de verre courbés jaillissant de l’épaule d’une robe de tulle où s’étaient posées, comme une pluie arrêtée en plein vol, des bulles de verre soufflées à la main.
Ce plasma, sensible, je ne sais comment, résonne au champ magnétique d’un corps vivant, se mettant à crépiter, à luire d’une lumière de trente mille sphères. J’ai pensé, en regardant cela, que l’humanité, décidément, ne renoncera jamais à vouloir mettre du merveilleux dans ce qui n’en a pas besoin, et que c’est peut-être là, dans cet acharnement magnifique et un peu vain, que loge toute la dignité de ces couturiers Haute Couture.
FM♥
