CHEZ DIOR, LE DÉBRAILLÉ GUIDE LES AVEUGLES

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Quand Gary Cooper traversait un hall d’hôtel ou posait le pied sur un plateau de cinéma avec cette nonchalance souveraine, qui n’avait besoin d’aucun effort visible, seulement un style et un maintien, on appelait cela la « Classe ». Comme nos grands-parents, eux aussi, savaient qu’une veste bien coupée, une robe de lin, un chapeau « Jean Barthet » suffisaient pour ce chic qui n’était pas le fruit d’un obscure styliste improvisé. Non, il naissait d’une certaine idée de soi, d’une sobriété habitée.

Aujourd’hui, quand Dior doit avancer son défilé de 14h30 à 9h à cause d’une canicule record, quand les invités au Musée Nissim de Camondo reçoivent des serviettes rafraîchissantes et des parasols à l’ancienne pour se protéger du soleil, on mesure à quel point la mode est devenue une industrie de la logistique. La nuit avait été courte pour certains qui sortaient du concert de Madonna, et surtout de l’after-party Saint Laurent.

Par conséquent, le matin se lève sur des visages froissés, impressionnés par le décorum, qui lui demeure somptueux. Cet hôtel particulier, édifié par René Sergent entre 1911 et 1914, en lisière du parc Monceau, conserve intact l’élégance d’un autre siècle. Pourtant, ceux, qui le traversent, semblent étrangers à cette promesse de raffinement.

À mes côtés, une bimbo s’adresse à « Le Flope Fringand » :

« Débraillé, vous dites ? C’est celui qui ne lit pas le braille ? »

« Non », lui répond l’intéressé en ajustant sa casquette, une caméra se ballottant autour du cou. « Le débraillé, c’est moi ! »

Bref, Jonathan Anderson, lui, tente quelque chose en proposant pour le printemps une relecture de « l’aristocrate débraillé »,  cette esthétique du négligé calculé, du col ouvert, de la veste froissée portée comme une seconde peau. C’est une piste, presque une nostalgie. Mais, le vrai chic de Cooper ou de nos aïeules ne se retrouvera jamais dans une collection, aussi libre soit-elle : il était le signe d’une époque qui ne confondait pas l’apparence avec l’identité, et qui n’avait pas besoin d’Instagram pour savoir qu’elle existait.

FM♥