DOLCE VACANZE SICILIANA 2027
Une collection printemps 2027, que les géniteurs ont daigné nommer Vacanze Siciliane, avec, déployait derrière le podium, un écran d’une magnificence théâtrale, car à Milan, en juin, il faut bien quelque vaste illusion pour survivre de l’aube rosée au crépuscule pourpre et à la chaleur écrasante. Ainsi, convoquait-on les corps épuisés par la chaleur milanaise à plonger, par procuration, dans des eaux que la Méditerranée cristallines et cruellement inaccessibles.
Mais, la Sicile, qu’on se le dise, n’est point une simple villégiature pour Anglais égarés et fashionistas en quête de contenus pour leurs réseaux sociaux. Non. Elle est un palimpseste magnifique, une île qui a eu le bon goût d’être conquise par les Grecs, les Romains, les Normands, les Maures, les Espagnols, les Bourbons et chacun y laissant, comme un hôte distrait, quelques chefs-d’œuvre. Domenico Dolce et Stefano Gabbana ont, depuis des années, l’élégance de s’en souvenir mieux que les historiens, et de le montrer mieux encore. Pour ce printemps, ils ont rendu hommage non seulement à l’héritage de leur propre maison exercice qui chez d’autres confinerait à la nostalgie ; chez eux, il relève de la conviction, mais aussi aux traditions insulaires et à cet artisanat que l’on qualifierait volontiers de séculaire si le siècle ne semblait pas, lui aussi, toujours pressé de disparaître.
La maison se trouve aujourd’hui à ce carrefour singulier que les stratèges appellent pivotal stage (étape charnière) et que les gens sensés appellent simplement : le moment où il faut décider ce que l’on est. La croissance du luxe ralentit comme ralentit tout ce qui fut trop longtemps couru par des rivaux qui se disputent chaque pouce de territoire avec la courtoisie d’une cour d’assises.
Ancrée dans les fondamentaux de la maison épaules larges, coupes affirmées, ce galbe souverain qui ne demande pas la permission d’exister, costume à la Al Pacino dans « Scarface », la maison retrouvait avec une aisance facile son terrain de prédilection avec une ornementation assumée, car cette année le sicilien n’avait que faire de la modération.
La dentelle macramé, les incrustations de strass, les imprimés cartes postales d’une autre époque et les touches de rouille, dont seule la Sicile a le secret, déployés avec cette assurance particulière qui appartient aux créateurs ayant depuis longtemps renoncé à quémander une validation extérieure. Reprendre avec une telle audace leurs créations les plus emblématiques n’avait rien d’un repli : c’était un geste délibéré, presque philosophique. À l’heure où les rumeurs de l’industrie s’interrogeaient à voix haute sur l’avenir de la maison, Dolce et Gabbana n’ont proposé aucune modification de cap. Aucune concession. Aucun repentir.
Ils ont, au contraire, réaffirmé avec une tranquillité souveraine les codes qui fondèrent leur empire comme pour signifier, avec le flegme d’un British de Savile Row et la gravité de Winston Churchill allumant son cigare comme si les empires véritables ne se réinventent pas : ils se souviennent.
FM♥




