L’AUBE DU RETOUR
Je quittais Paname à l’aube, comme on se dégage d’un songe accablant à la Charles Baudelaire. 5h00 du matin, la ville, enfin libre dans ses artères encombrées usuellement, retenait encore dans ses murs la rumeur de cette agitation confuse où les hommes poursuivent des mirages qu’ils nomment nécessité. Je laissais derrière moi ce théâtre d’ambitions, emportant un désir plus ancien, plus profond, celui d’un retour vers une terre qui ne ment pas.
Le ciel, à peine éveillé, se teintait d’une clarté fragile. Une pâleur d’argent glissait sur les toits comme Bella Rosenfeld, l’éternelle fiancée de Marc Chagall. C’était comme si le jour hésitait encore à prendre possession du monde. Pourtant ma monture frémissait d’impatience, et lorsque le flat-6 s’éveilla, son grondement rompit le dernier lien qui m’attachait à la capitale.
La route s’ouvrait devant moi comme une promesse. À mesure que je m’éloignais, Paris se dissipait dans mon esprit, tel un rêve que l’on oublie au réveil. La vitesse me délivrait, elle n’était plus fuite, mais élan. La capote ouverte, la chaleur naissante d’un été commençant, caressait mon visage et les odeurs montaient dans mes narines.
Les paysages se transformaient lentement, les lignes droites cédaient aux courbes, et chaque virage semblait effacer une illusion, chaque horizon dévoilait une part oubliée de moi-même. Il me semblait que je ne me dirigeais pas seulement vers la Bretagne, mais vers une partie de mon âme laissée en arrière, comme un livre ouvert dont je n’avais jamais tourné la dernière page.
Dans les courbes de Domfront, je ralentis un instant. Une église romane se dressait là, sobre et immuable. Ses pierres, marquées par les siècles, portaient encore la trace d’une foi que le temps n’avait pas entièrement dissipée. Je contemplais ce témoignage silencieux, et je sentis en moi renaître un respect presque oublié pour ce qui dure au-delà des hommes.
Puis, je repris ma course. Déjà, l’air changeait, une odeur fraîche et discrète annonçait la proximité de l’océan, comme un souffle venu d’un autre monde. Et bientôt, la Bretagne apparut. Il est des voyages qui ne sont pas des fuites, mais des retours, et comme un élan, je ne cherche pas à quitter le monde, mais à le rejoindre dans sa vérité la plus nue.
FM
