DES NOUVEAUX PÈLERINS ENVAHISSENT LA RÉPUBLIQUE
Voici donc venir les nouveaux Pères pèlerins, non plus en chapeaux noirs et boucles d’argent, mais en sneakers logotypés et lunettes fumées, glissant sur le tarmac footbalistique comme des prophètes de la liberté. Ils ne fuient plus les persécutions religieuses, ils fuient l’ennui, la fiscalité, et peut-être, horreur suprême, l’absence de dirigeants intelligents.
En tête Jaden Smith, rappeur, et compositeur américain, fils de l’acteur Will Smith et de l’actrice Jada Pinkett, autoproclamé troubadour du PSG, levant les bras comme s’il venait de libérer Lutèce, proclamant à la fin du match : “on a gagné” avec l’enthousiasme d’un général en campagne. Directeur artistique d’une maison dont le nom semble avoir été prononcé après un éternuement « Louboucatin » afin de redessiner la France sous un filtre Instagram.
À ses côtés, Pharrell Williams, sourire cosmique et déclaration solennelle : “je suis Français.” Ainsi donc, la nationalité serait une fragrance que l’on vaporise entre deux accords, un Fa dièse ou une Fadaise de cashmere à la sauce république.
Et puis, John Clooney, « what Else », qui devient Français comme d’autres adoptent un labrador. Avec élégance, certes il ne colonise pas, il s’installe, nuance impériale. On imagine déjà les villages transformés en décors de cinéma permanent, où même les coqs chantent avec un léger accent californien.
Dans l’ombre feutrée, John Malkovich, lui, a choisi la stratégie du lichen : discret, accroché au Luberon, absorbant lentement le paysage. On ne sait pas s’il médite ou s’il prépare une pièce de théâtre où les oliviers auraient le premier rôle.
Mais, qui sont vraiment ces nouveaux exilés dorés ? Des réfugiés du trop-plein, des migrants du luxe, des pèlerins en quête d’un absolu très particulier : chercheurs de croissants au « Beur « , pour un vin de messe à l’hébéphilie, ou peut-être… le sentiment d’être ailleurs sans trop se perdre.
Car oui, ironie des ironies, les voilà qui traversent l’Atlantique à rebours, quittant la grande fabrique du rêve pour venir respirer dans ce vieux pays cabossé, celui de Descartes qui doute et de Rousseau qui soupire. Comme si, au bout du compte, la France était devenue un refuge étrange : imparfait, râleur, mais terriblement vivant.
Alors, on les regarde arriver, mi-amusés, mi-soupçonneux. Sont-ils des conquérants ? Des touristes prolongés ? Ou simplement des êtres humains en quête d’un peu de lenteur dans un monde qui marche sur la tête. Peut-être que la vraie question n’est pas “pourquoi viennent-ils ?”, mais plutôt : qu’ont-ils vu ici que nous ne voyons plus ?
Pendant ce temps, dans un café, un vieux monsieur trempe son biscuit dans son café crème, observe la scène, et murmure : encore des Américains ! Déjà en 1966, nous les avions mis à la porte les revoilà, mais s’ils finissent à apprendre à râler, on les acceptera certainement.
FM
