MAUD FRIZON ESPRIT LIBRE DE PARISIENNE

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Dans la grande histoire de la mode parisienne, certaines personnalités laissent une empreinte singulière, presque électrique. Maud Frizon faisait partie de celles-là. Je l’avais rencontrée à une époque où elle envisageait de créer un parfum et je venais avec toute la science du flaconnage. Cette rencontre m’avait frappé par sa simplicité et sa vivacité : elle parlait de la création comme d’un jeu sérieux, avec un regard pétillant et une curiosité constante pour les matières, les formes et les sensations.

Rien d’étonnant finalement pour une femme qui, dès la fin des années soixante, allait bousculer l’univers de la chaussure. Son histoire commence réellement en 1969, lorsqu’elle présente ses premières créations, en dévoilant notamment de spectaculaires bottes en daim au-dessus du genou, fermées par des boucles de ceinture digne des Mousquetaires. La silhouette est audacieuse, presque théâtrale. On comprend déjà que la jeune créatrice ne cherche pas la discrétion.

En 1970, elle ouvre dans le Quartier latin la première de deux boutiques baptisées France Favor. Très vite, l’enseigne prend son nom : Maud Frizon. Aux côtés de son mari et partenaire, Luigi de Marco, elle va construire une marque qui traversera près de trois décennies de mode. Le lieu devient rapidement un point de passage pour les femmes qui aiment les chaussures qui racontent une histoire.

Maud avait une manière très personnelle d’aborder la création. Elle aimait les contrastes, les mélanges de matières et les associations de couleurs inattendues. Ses escarpins pouvaient combiner peaux animales, cuirs colorés et talons de liège, avec un sens du détail presque malicieux.  Son invention la plus célèbre reste le “cone heel”, le talon conique, devenu emblématique dans les années 1980. Sa forme évasée, presque sculpturale, donnait aux escarpins et aux bottes une allure très graphique tout en offrant un confort étonnant.

Lorsque nous parlions création, lors de notre rencontre, elle évoquait souvent la chaussure comme un objet d’équilibre. Selon elle, la femme devait pouvoir marcher librement, même dans les modèles les plus spectaculaires. Une idée simple, mais révolutionnaire dans une époque où le style passait souvent avant le confort.

Naturellement, les créateurs de mode remarquent rapidement son travail. En 1982, ses escarpins apparaissent lors de la première collection d’Azzedine Alaïa présentée chez Bergdorf Goodman à New York. Ils accompagnent aussi les silhouettes de Sonia Rykiel, dont l’esprit libre correspond parfaitement à celui de Frizon.

La chanteuse Cher devient l’une de ses clientes les plus enthousiastes. On raconte qu’elle pouvait repartir d’une boutique avec des dizaines de paires en une seule visite. Ce qui reste peut-être le plus marquant chez Maud Frizon, au-delà de ses créations, c’était son tempérament. Elle possédait cette élégance un peu insouciante, propre aux créateurs, qui n’ont jamais voulu entrer dans un moule.

Je garde le souvenir d’une femme muse et curieuse de tout, capable de parler aussi bien d’un cuir rare que d’une émotion olfactive. C’est sans doute pour cela que l’idée d’un parfum avec elle semblait si naturelle : son univers était déjà sensoriel.

Pendant plus de trente ans, Maud Frizon a laissé une trace dans la mode. Aujourd’hui encore, ses formes audacieuses et ses talons sculpturaux continuent d’inspirer les créateurs. Comme si chaque paire racontait encore un peu de son esprit : libre, inventif et résolument parisien.

FM♥