ERDEM BAL FANTÔME SOUS LA TAMISE

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Pour fêter ses vingt ans de carrière, Erdem Moralıoğlu propose un mélange des genres si extravagant qu’on aurait juré voir Madame de Pompadour draguer un punk dans un club post-industriel, sous une boule à facettes en cristal de Bohême. Dans un monde où l’économie ressemble à un corset trop serré, sa persistance à la couture relève de l’héroïsme romantique. Londres, toujours prête à applaudir ses enfants prodiges, l’a regardé comme on regarde un alchimiste transformer l’angoisse en broderie.

La collection automne-hiver ressemblait à un coffre aux trésors renversé sur un dancefloor clandestin : patchworks délirants, franges scintillantes comme des pluies de comètes, nœuds géants aux épaules, rubans empilés, cristaux posés avec la densité d’un roman de Nicolas Gogol. Des robes dignes de la cour de Louis XIV, mais prêtes à s’échapper en Uber vers un « after party » à Camden Town.

La collection s’appelait « Conversations impossibles ». Et effectivement, tout semblait parler : les fantômes victoriens, les icônes queer des années 80, les duchesses baroques et les poètes insomniaques. Les mannequins glissaient entre les bancs étroits de la Tate Britain avec l’air de femmes ayant veillé trop tard à lire Oscar Wilde, puis ayant décidé d’aller danser dans un tunnel ferroviaire désaffecté.

Dans la salle, Keira Knightley, Helen Mirren et Glenn Close formaient un triumvirat de déesses cinémode. Mirren et Close se sont précipitées en coulisses pour l’embrasser, comme on félicite un magicien après un numéro d’un tour cousue main. Dans cette cathédrale du patchwork et du prestige, Erdem a rappelé que la mode est un dialogue impossible mais nécessaire.

FM