ÉLOGE DE LA RECONVERSION SANS COMPLEXE

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La France ! Terre de Molière, de Coco Chanel et de la reconversion spontanée. Ici, nul besoin de savoir coudre pour devenir couturière. Il suffit d’avoir un carnet d’adresses, une place au premier rang, quelques passages à la télévision et cette assurance tranquille des gens qui ont beaucoup regardé les autres travailler.

Nous avons inventé une forme supérieure de transmission des compétences : l’osmose mondaine. On s’assied assez longtemps près du talent, on fréquente les bonnes personnes, on hoche la tête au bon moment, et, par une mystérieuse alchimie parisienne, la compétence finit par vous tomber dessus.

Ainsi Golovanoff ? Une carrière qui commence avec « Les nanas boursicotent », « Faut-il voir avec les courbes de la bourses un rapport avec la mode ? » Voilà qui annonce une solide formation technique. Car enfin, quiconque sait lire un cours de Bourse sait nécessairement tailler une veste. La coupe d’un biais et celle d’un bilan comptable relèvent manifestement du même génie géométrique. Un patronage ? Une projection financière. Un moulage ? Une stratégie d’investissement. Une surjeteuse ? Une start-up.

Et puis vient le résultat, une couture morne d’élégance, quelque chose qui semble avoir été conçu pour ne déranger personne, une sorte de Zara sous prozac et viagra, on ne bande pas beaucoup mais on s’en fout. Des vêtements suspendus sur cintre avec la dignité mélancolique d’un dimanche pluvieux. Rien qui scandalise, rien qui bouleverse, rien qui fasse battre le cœur. Surtout, ne pas prendre de risque, le risque pourrait révéler quelque chose.

Nous sommes devenus le pays des vocations tardives. L’économiste rêve de chanter. Le journaliste rêve de peindre. Le communicant rêve de philosophie. C’est notre petit théâtre national, personne ne demande plus vraiment : « Qu’avez-vous appris ?» Nous demandons : « Qui connaissez-vous ? »

Bravo à toutes ces vocations expresses qui nous rappellent chaque jour que, dans notre beau pays, tout est possible, à condition de ne surtout pas être encombré par le talent qui va avec. Car le talent, voyez-vous, a un défaut rédhibitoire : il oblige à travailler, et travailler, dans certains milieux, demeure une forme de vulgarité.

Pendant ce temps, la France accumule les milliards de dette avec une décontraction remarquable, tandis que nous continuons à produire des experts de tout, des créateurs de rien et des vocations à la chaîne. Mais, avec un président de la Chambre, ancien économiste, on comprend mieux le pourquoi du comment !

Et le plus savoureux, dans cette histoire, c’est peut-être qu’une partie de ceux qui nous expliquent ce que devrait être la France n’ont parfois qu’une envie : repartir ailleurs dès que les chiffres deviennent intéressants, la Russie par exemple ?

FM