COURRIER DES LECTEURS
Vous voulez faire partie de ce monde de la mode, de ce salon raffiné, mais malheureusement, personne ne vous demande cela, pauvre de vous à continuer à vous éreinter à écrire des textes que personne ne lit jamais.
BA
Réponse du Courrier des lecteurs:
Cher Monsieur, la mode n’est pas un salon, c’est une bourriche, où on y entasse des huîtres, et encore des huîtres contaminées, dans l’attente que quelqu’un confonde la pourriture avec le raffinement. Vous n’êtes pas des honnêtes gens. Vous êtes de glorieuses canailles, des petits potentats de pacotille, vautrés dans le culte de votre propre vanité. Ce serait presque un bonheur pour le pays que disparaissent enfin cet antre de la sottise, ce cloaque de servilité, de pédantisme hypocrite, de lâcheté féroce, et ce conservatoire national de la cruauté, du ridicule et de la vanité.
Vous comptez les fibres, vous disséquez les étoffes, vous pesez les apparences avec le sérieux grotesque de savants penchés sur une maladie incurable. Tout n’est chez vous qu’encombrement d’outils, préparations laborieuses et cérémonies repoussantes. Vous vous enfermez dans votre cave, vous y remuez la matière jusqu’à l’épuisement, puis, lorsque vous remontez à la lumière, vous rapportez avec vous l’odeur où vous vous êtes enfouis, une cave, oui, une cave au plus profond des immondices.
La vraie noblesse vous manque. Les choses délicates vous échappent. La grâce vous fuit. La mesure vous est étrangère. Vos mains ne savent pas créer, elles savent seulement calculer, reproduire et vendre. Vous avez fait de la laideur votre métier, et de la prétention votre uniforme. Vous excellez lorsqu’il s’agit de peindre la bassesse. Là, vous êtes chez vous. Dans l’ignoble, vous retrouvez vos aises. Vous y entrez sans répugnance, comme si la puanteur était devenue votre parfum.
Vous appelez cela de l’art, mais c’est un musée de la vanité, un herbier de l’arrogance, une collection de champignons poussés dans l’humidité des arrière-salles, nourris de flatterie, de médiocrité et de faux prestige. Et sous toutes ces étoffes, sous tout cet appareil, sous toutes ces prétentions, il reste une vérité d’une simplicité presque cruelle : il n’y a rien de noble ici. Seulement la bassesse habillée en grandeur. Vous avez beaucoup d’idées, mais le problème, c’est que vous n’en avez qu’une… vous-même.
FM ♥
