DIOR, HOLLYWOOD STORY
Jonathan Anderson a fait entrer Hollywood dans une couture taillée au scalpel. Un an après son arrivée dans la maison du maître de Granville, il n’a pas simplement présenté une collection croisière, il a ouvert un rideau de brume sur une Californie fantasmée, entre le mirage et le souvenir, entre le parfum du jasmin nocturne et les néons fatigués de Hollywood boulevard.
Au cœur du Los Angeles County Museum of Art, le béton semblait respirer, et la lumière du couchant glissait sur les silhouettes comme un vieux film en Technicolor. Les robes flottaient avec la lenteur des fleurs emportées par le vent de Santa Monica, ainsi les manteaux ceinturés découpaient l’air pour cette toujours veste Bar, rallongée jusqu’à mi-cuisse, frangée comme un générique de fin, qui avançait avec une insolence presque rock, comme si Monsieur Christian avait rencontré un guitariste mélancolique dans une villa sur les Pacific high.
La première silhouette était une robe couleur primevère pâle, enveloppée de pétales, comme une fleur décidée à survivre à l’incendie du soleil californien. Puis vinrent les roses poudre, les rouges coquelicot, les oranges ardents. Au premier rang, Sabrina Carpenter portait, elle aussi, cette floraison spectaculaire, telle une héroïne moderne sortie d’un rêve saturé de flashs et de champagne tiède… Bienvenue à Hollywood, la cité des anges.
Pour le créateur, les rayures verticales des manteaux évoquaient les stores vénitiens des films d’Hitchcock ou des stores de Giorgio sur Rodeo Drive, ainsi les ombres glissaient sur l’architecture du musée comme dans un film noir où personne n’est jamais tout à fait innocent.
Et partout, les fantômes du vieil Hollywood circulaient avec des Cadillac anciennes qui dormaient dans le décor comme des animaux mythologiques chromés dont le V8 s’était tu. Les sacs Saddle étincelaient et les talons des chaussures se couvraient de fleurs ou de plumes, pour des sequins qui vibraient comme des petites lunes captives, accrochées aux robes du soir, comme si la nuit elle-même avait décidé de se porter.
Il y avait surtout l’ombre souveraine de Marlene Dietrich. Anderson s’est laissé hanter par Stage Fright (Le Grand Alibi film de 1950), ce noir et blanc venimeux d’Hitchcock où chaque regard ressemble à un piège poli. Il revisite alors une veste Bar imaginée autrefois pour Dietrich elle-même, renouant le fil entre le glamour et la discipline, entre la froideur du cinéma de certains et la sensualité de la couture.
Dans cette collection flotte encore une phrase devenue légende, lancée jadis comme un ultimatum parfumé à la poudre de riz : « No Dior, no Dietrich. » Quelques mots seulement. Mais dans la maison, ils résonnent aujourd’hui comme le credo éternel de la mode lorsqu’elle touche au mythe d’une étoile, qui elle ne s’éteint jamais vraiment.
FM




