MARC JACOBS QUITTE LE PALACE POUR L’USINE À MARQUES
Chez LVMH, on vend rarement une maison, car en général, Bernard Arnault collectionne les marques comme d’autres collectionnent les tableaux flamands ou les vignobles de moins d’un « nectar », alors voir Marc Jacobs partir chez WHP Global pour 1,2 milliard d’euros ressemble moins à une simple transaction qu’à un grand ménage de vigogne, ce camélidé des Andes.
La vraie ironie, c’est que Marc (comme on dit dans la mode) reste directeur artistique. Ainsi on change le propriétaire des murs, mais on garde l’artiste dans l’atelier, qui n’y met jamais les pieds, histoire de préserver un peu d’ADN avant l’inévitable avalanche de licences, capsules, sneakers “iconiques” et parfums vendus entre deux escalators d’aéroport. Bienvenue dans la grande usine mondiale du luxe émotionnel.
Quand Le seigneur des Arnault avait récupéré la marque en 1997, Marc Jacobs incarnait encore cette mode new-yorkaise nerveuse, imprévisible, légèrement insolente. Aujourd’hui, même les rebelles finissent dans des tableurs Excel. La mode adore parler de créativité, elle finit toujours par parler de valorisation.
Au fond, cette vente raconte aussi la fin d’une génération du luxe, celle des créateurs stars des années 1990 et 2000, quand les directeurs artistiques étaient des figures presque rock, capables de faire vaciller toute une industrie avec un défilé ou une silhouette. Marc Jacobs appartient à cette époque électrique où la mode avançait davantage par intuition que par algorithmes. Aujourd’hui, cette énergie se dissout doucement dans des tableaux de rentabilité et des stratégies de marques globales, où l’instinct a pris le pas sur le point de feston.
FM♥
