LE NOIR DE LA DIFFRACTION MASSIVE
Un noir qui ne « Soulages » pas mes mots. Ni ceux de cette planète. Voici donc le noir de la diffraction massive, un noir qui fascine les foules et effraie les Bimbos de projecteurs, accoutumées à vivre sous la lumière comme sous une protection tacite car le noir possède cette puissance étrange : effacer la clarté tout en révélant ce qu’elle s’employait à dissimuler.
Pendant que nous contemplons cette obscurité spectaculaire, ailleurs, les missiles continuent de tomber, méthodiques, froids, réduisant des villes en décombres et fauchant des civils qui n’avaient rien demandé à personne. Le ciel s’assombrit, mais ce ne sont pas seulement les éclipses qu’il faudrait regarder.
Et pendant ce temps, le monde semble égarer ses repères. Des soldats venus de Corée du Nord foulent des terres occidentales, tandis que des alliances, avec la douceur des glissements souterrains, déplacent les frontières et les muent en lignes de fracture pour que la guerre s’installe dans nos imaginaires comme une vieille connaissance dont nous feignons encore d’ignorer le nom.
C’est peut-être cela, au fond, la guerre véritable : celle que l’on mène contre nos idées, celles que l’Occident croyait avoir gravées à jamais dans le paysage la paix, la démocratie, le droit, la liberté, la possibilité de vivre sans que chaque matin n’apporte son lot de sirènes et de ruines. Nous découvrons, stupéfait, que ces principes ne sont pas des monuments de granit mais des architectures fragiles, capables de vaciller sous le poids des intérêts économiques et des ambitions de quelques hommes de contrefaçon.
Et pendant ce temps, encore, quelque part, des milliardaires achètent des îles, bâtissent des bunkers et rêvent déjà de l’après. Ils préparent leur refuge privé pendant que d’autres préparent leur cercueil. Peut-être espèrent-ils revenir, une fois la tempête apaisée, la terre délestée de millions de ces habitants et de ces travailleurs qu’ils jugent superflus, leur fortune intacte et leur famille à l’abri.
Voilà l’absurdité de notre siècle : les uns cherchent un lieu où survivre à la catastrophe, quand les autres persistent à en fabriquer les conditions. Le monde s’enfonce dans un noir qui n’est plus seulement celui de l’éclipse. C’est le noir de nos contradictions, de nos guerres, de notre indifférence, et de cette étrange faculté humaine à regarder l’horizon brûler tout en calculant, avec soin, la valeur de son propre refuge.
« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait déjà Albert Camus.
FM
