SA SEIGNEURIE ÉTEND SON EMPRISE

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Il est des amours si généreuses qu’elles finissent toujours par ressembler à des prises de participation. LVMH, dont la bienveillance ne s’arrête jamais aux portes d’une bonne affaire, vient de s’associer à l’Institut Français de la Mode pour fonder une chaire consacrée aux « liens entre les sciences et la création » ; formule assez élégante pour dissimuler l’essentiel : apprendre aux jeunes gens à se passer d’apprendre.

Car voilà le grand projet du siècle : comprendre comment les créatifs « interagissent » avec la technologie, et surtout, surtout, aider ceux qui ne savent ni dessiner ni coudre à laisser une intelligence artificielle exercer, à leur place, le métier qu’on ne leur a pas enseigné. On appelait cela autrefois de la paresse, on l’appelle aujourd’hui de l’innovation pédagogique.

Le président de l’IFM, cet homme que l’on avait cru à Tolède, et qui se trouvait finalement bien plus près du conseil d’administration, nous assure que l’école enseigne déjà l’IA à tous les échelons, de la formation professionnelle jusqu’aux Masters. La moitié des étudiants en design, précise-t-il non sans fierté, utilisent déjà l’IA générative. Le savoir-faire, lui, s’en va tranquillement par la fenêtre, sans même claquer la porte.

Ainsi va le monde : Sa Seigneurie contrôlera la chaîne entière, du croquis à la boutique, pendant que les ouvriers resteront ouvriers, que les cadres resteront cadres diplômés, dociles, et tous logés à la même enseigne sous la houlette de quelques-uns. On songe, non sans une pointe de nostalgie prophétique, à ce film où Patrick Dewaere annonçait déjà, en son temps, l’emprise planétaire d’une poignée d’intérêts économiques. Les scénaristes d’hier faisaient de la politique-fiction ; ceux d’aujourd’hui font des relevés de compte.

Quant à la dotation, 150 000 euros par an, ce que Lord Carter aurait sans doute qualifié de peanuts, comparés aux 50 millions offerts à Polytechnique, elle financera une recherche fondamentale sur les pratiques créatives, l’impact des nouveaux outils, et les environnements les plus propices à l’épanouissement des talents. Le tout destiné à des élèves qui ne savent rien de la mode, mais qui, on le sait, ont un avis sur tout.

Et merci, bien sûr, pour le crédit d’impôt qui accompagnera généreusement cette générosité : il viendra s’ajouter, modestement, aux 75 millions déjà versés par l’État français dans son infinie bonté, et son sens aigu de la mesure.

FM