L’AN PIRE DU VIDE HABILLÉ EN JEAN PAR PRADADA
Ah, Raf Simons et Miuccia Prada ! Ces deux grands pontifes de la mode intellectualisée à outrance qui, dimanche, nous ont gracieusement offert leur dernière révélation philosophique : Le jean de couleur jaune que même Karl, après un régime, n’aurait pu mettre.
Ce tissu que votre grand-père portait pour réparer sa Renault 4 en 1973. Cette relique des marins et des ouvriers comme ils nous le rappellent eux-mêmes avec la solennité d’un cours magistral à Sciences Po soudainement transfigurée en œuvre d’art conceptuelle parce que deux créateurs milliardaires ont décidé de s’ennuyer en même temps.
Simons, arborant son jean blanc blanc ! la nuance la plus audacieuse depuis Copernic avec des tubes fluorescents dans les séants : un Must.
Magnifique. Grandiose. Révolutionnaire. Sauf que… des milliers d’inconnus anonymes font exactement ça chaque matin en s’habillant – sauf le tube. Sans conférence de presse. Sans Adolf Loos convoqué en renfort intellectuel. Sans l’analogie des « pâtes pomodoro » parce que oui, Simons a réellement comparé sa collection à des pâtes à la tomate, et apparemment tout le monde a trouvé ça profond au lieu de commander l’addition.
Mais, le plus savoureux dans tout cela reste leur ambition inavouée : Miuccia et Raf Simons ont décidé d’occuper la place laissée vacante par Hedi dans le panorama du PAP homme ou plutôt, soyons précis, du « garçon coiffeur rocker ». Ce créneau si spécifique, si parisien, si soigneusement mythology-buildé depuis des années par Slimane, que nos deux compères ont décidé d’investir avec la discrétion d’un déménagement en camion benne.
Car enfin, qui mieux que Raf Simons, l’homme d’Anvers, le théoricien de la jeunesse belge post-industrielle, le créateur de collections sur Dior Division et les banlieues grises de Montaigne pour incarner le garçon coiffeur rocker parisien ? Et qui mieux que Miuccia Prada, marxiste milanaise, diplômée en sciences politiques, pour transmettre cette énergie de gamin qui traîne devant le Palace un mardi soir ? La réponse est : absolument personne.
Hedi, lui, vivait ce truc. Il le photographiait, il le fréquentait, il l’était. Son rock’n’roll n’était pas une référence de moodboard, c’était une posture existentielle. Simons et Prada, eux, arrivent avec leurs silhouettes raccourcies et leurs blousons en cuir comme on arrive à une fête costumée dont on a lu la description sur Wikipedia.
Le résultat ? Du rock’n’roll de musée. De l’énergie jeune soigneusement vieillie en cave. Un jean skinny avec la profondeur d’une note de bas de page sur Adolf Loos. Seul point positif : la musique et la flûte de pan de Gheorghe Zamfir. Le « pan » pour Raf Simons, voilà un symbole qui semble particulièrement bien choisi.
FM♥
