LA FASHION DE PARIS SUITE ET « FAIM »

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La mode prétend souvent être un fleuve vif qui traverse les époques avec panache. Elle change de cap, elle bouscule les habitudes, elle invente des silhouettes comme un romancier invente des personnages. Sur un podium, un manteau peut devenir un écrit public, une robe peut proclamer l’indépendance, un simple détail peut transformer toute une attitude.

La mode avance ainsi avec l’énergie d’une conversation brillante avec des sots incultes. Elle parle d’audace, d’imagination, de mouvement. Elle invite à regarder le monde autrement, et elle avance avec la superbe d’un cancre qui se prend pour Oscar Wilde. Elle demande qu’on regarde le monde à travers le cul d’une bouteille, qu’on s’affuble de couleurs à vomir, de coupes grotesques, d’idées à la noix, pour une bouteille qui finit toujours au fond du rectum.

Et puis il y a les dirigeants.

Chez eux, la fantaisie se fait souvent rare, leurs regards expriment « l’ennui, la concentration blazée sur leur téléphone, la gravité d’un fonctionnaire qui se noie dans sa paperasserie ».

Il suffit parfois de les observer un moment, assis côte à côte. Les regards racontent beaucoup. Certains yeux paraissent ailleurs, comme s’ils attendaient que le temps passe, et d’autres encore scrutent le vide avec cette gravité qui donne l’impression qu’une réunion interminable vient de commencer… dans leur tête.

La scène devient alors presque une petite comédie silencieuse. Pendant que la mode rêve, improvise et s’amuse avec les formes, les dirigeants semblent jouer dans une autre pièce : celle du sérieux parfaitement immobile. Le contraste est délicieux car si la mode invente demain, eux semblent parfois s’accrocher à hier avec la ferveur d’un collectionneur de paperasse administrative.

Et si l’on doute encore de cette inversion des rôles, il suffit d’un détail très simple : regarder leurs expressions, alors on y voit rarement l’étincelle d’un créateur… Une bureaucrate assoupie, sourd au monde réel, une âme administrative anesthésiée, un employé public léthargique et détaché engoncé dans son inertie, voilà le portrait d’une administration fashion qui s’endort sur elle-même.

FM