LES DUCS DU DIVIDENDE ET LA CHUTE DES PERRUQUES DORÉES
Lundi, au grand château des Marchés, les lustres ont vacillé. Non pas à cause d’un courant d’air, mais parce que le vent du Moyen-Orient soufflait jusque dans les coffres dorés.
Le Baron de Richemont, Serrurier des Horloges, a trébuché dans l’escalier de marbre, perdant 5,7 pour cent de sa superbe.
Le Prince de Venise, drapé dans un manteau en cachemire dramatique, a laissé choir 5 pour cent de panache.
Le Duc Cucinelli de la Truffe Cachemire a soupiré 4,6 pour cent plus bas, comme si son expresso avait refroidi.
Le Comte de Burberry des Brumes Imperméables a glissé sur une flaque londonienne imaginaire.
Le Seigneur des Arnault du Vallon Monogrammé a vu son carrosse perdre quelques roues dorées.
Et même, le très altier Duc d’Hermès du Harnais de Bimbos, habituellement perché à mille neuf cent soixante-sept écus d’altitude, a senti le plancher craquer.
Outre-Atlantique, au royaume de Wall Street-sur-Hudson, la cour n’était guère plus stable.
Le Vicomte E.l.f. de la noir Poudre Scintillante a laissé filer 11,3 pour cent de poussière magique.
La Duchesse Laude des Élixirs Éternels a vu ses fioles trembler de 8,5 pour cent.
Le Chevalier American Eagle de la Plume Patriotique a piqué du bec.
Le Baron Capri des Sandales Méditerranéennes a trébuché sur un galet grec.
Et le Comte Lululemon du Grand-Étirement Transcendantal s’est retrouvé en posture du chien tête en bas… sans parvenir à remonter.
Certes, au milieu de cette valse en mineur, le Grand Index S&P du Palais des Cinq-Cents a réussi à sauver la face avec deux petits points et des poussières, comme un courtisan qui assure que tout va bien alors que la tenture brûle derrière lui.
Mais, sous les brocards, les perles et les doublures en soie, une vérité moins frivole se tient droite. Les chutes de ces barons du velours ne sont que des égratignures sur des armoiries financières. Le véritable drame ne se joue pas dans les salles de bal tapissées de velours, ni sur les parquets cirés des bourses mondiales.
Il se joue ailleurs. Là où les chiffres ne sont pas des pourcentages mais des vies, où la géopolitique ne se résume pas à une courbe en baisse mais à des destins bouleversés. Les ducs du dividende peuvent toujours repoudrer leur visage. Le monde, lui, n’a pas cette facilité.
FM

