LOUIS VUITTON LE DÉFILÉ DES SIGNES
Dans la grande mécanique du luxe, certains détails tintent comme de petites cloches dans un couloir silencieux. Parfois, un simple passage, presque furtif, peut faire naître mille hypothèses. L’apparition de looks à la Rick Owens, parmi les premiers mannequins de la collection de Louis Vuitton, dessinée par Nicolas Ghesquière n’a évidemment rien d’anodin pour les observateurs attentifs.
Cette collection me laisse une impression curieuse, comme un parfum dilué que l’on reconnaît sans vraiment le retrouver. Rien de franchement raté, bien sûr. Mais une collection en demi-teinte, moins incisive que celles qui ont fait sa réputation depuis son arrivée chez Louis Vuitton. Les volumes, habituellement tranchants comme une architecture mobile, semblaient ici se contenter d’un néo classicisme prudent sans l’être vraiment. Les matières dialoguaient moins entre elles, et l’ensemble évoquait davantage une transition à venir qu’autre chose. Mais, attention toutefois : ne jamais dire du mal de LV, car les foudres du Seigneur s’abattront sur vous comme un missile Iranien.
Pour les première pièces, était-ce un simple clin d’œil amical entre créateurs ? Ou un geste plus subtil, presque théâtral ? Dans un secteur où chaque détail est pesé comme une pierre précieuse, voir un look Owens ouvrir la marche ressemblait à une note discordante volontaire.
Dans cette collection, l’imagination semblait s’être donné carte blanche, on croisait notamment des ensembles assemblés comme des mosaïques, des coiffes pointues rappelant des sculptures miniatures et des manteaux structurés laissant les épaules à découvert. Pourtant, ce qui marquait surtout restait la profusion de silhouettes et de longues tenues pantalon d’un seul tenant répondaient à de petites vestes de cuir très courtes, tandis que des manteaux imperméables largement ouverts évoquaient le froissement brillant d’un emballage de friandises. Comme une valise de Louis Vuitton parcourant les continents, cette anthropologie de la mode rassemble dans ses compartiments imaginaires les habits du monde, chaque tissu devenant le souvenir d’un pays et chaque coupe la trace silencieuse d’un voyage.
Certains y verront peut-être une pirouette stylistique, une manière de rappeler que la mode reste un jeu. D’autres, plus enclins à lire entre les coutures, se demanderont si ce défilé ne marquait pas la fin d’un chapitre. Dans les grandes maisons, les transitions ne s’annoncent jamais frontalement. Elles apparaissent plutôt comme des ombres portées, et parfois, ces ombres prennent la forme d’un créateur marchant sur un podium. « L’art naît dans l’effort et meurt dans la paresse ; le médiocre est toujours né d’un manque de rigueur » (Paul Valéry).
FM
