CHLOÉ OU LE TRIOMPHE DU NÉANT
Née en Allemagne en 1981. Voilà donc, pour Chloé, la plus germanique des Françaises. Sur le podium défilent des robes sérieuses, presque appliquées, comme si chacune d’elles avait longuement médité sur sa propre importance avant d’oser paraître. On pense, malgré soi, à l’armoire de ma grand-mère, cette vieille diplomate du tissu qui, elle au moins, ne prétendait pas révolutionner le monde.
Elle a commencé dans la maison du temps de Phoebe Philo… et voici le résultat. Une collection savante, très savante même. On y sent l’étude, la méthode, l’analyse attentive de chaque fibre, de chaque intention. On dissèque la robe avec une patience admirable. Le seul détail qui manque, peut-être, c’est la robe elle-même.
Quand les créations remontent enfin de l’atelier vers la lumière du podium, elles conservent quelque chose de l’atmosphère où elles sont nées : un parfum de laboratoire, une gravité studieuse qui pèse sur chaque couture. La noblesse véritable, celle qui donne à une silhouette son élan, semble avoir pris discrètement la porte de service. Les choses légères, elles, s’enfuient toujours quand on commence à trop les expliquer.
Mais il faut reconnaître un talent certain : celui de représenter le néant avec un sérieux irréprochable. Pendant ce temps, la France continue de former des créateurs par centaines ; des écoles modernisées, rationalisées, perfectionnées. On en sort riche de diplômes, abondant en vocabulaire, et parfois un peu démuni devant un morceau de tissu récalcitrant. Couper une manche, imaginer une robe, des gestes simples, presque naïfs impossible à réaliser. Alors nos grandes maisons vont chercher ailleurs ce qu’elles hésitent à regarder chez elles. Et le défilé continue.
Les robes passent, graves, persuadées d’avoir quelque chose d’essentiel à dire. Le public regarde, les pseudos initiés approuvent et les incultes admirent. Quant à moi, je regarde passer ce sérieux défilé du néant, et je dois avouer que je n’ai pas aimé du tout.
FM




