BOTTEGA VENETA
Pour sa première collection chez Bottega Veneta, Louise Trotter eut l’élégance de saluer l’Intrecciato ; ce cuir tressé emblématique, et qui est devenu synonyme de la maison. On ne détrône pas une tradition, on la caresse dans le sens du poil. Ainsi, pour sa seconde présentation, elle a donc choisi, avec une logique presque perfide, d’explorer précisément le poil lui-même. « Un poil à mazout » me susurre mon voisin, avec l’air inspiré d’un prince italien inventé « Don Ferdinando di Capillaccia », héros méconnu du Duché des Boucles Rebelles, souverain tragique d’une chevelure qu’aucun peigne n’osa jamais gouverner.
Donc après le cuir discipliné vient la toison indocile et samedi soir, quatre-vingts silhouettes traversèrent un tapis rouge avec une hâte qui eût affolé le Temps lui-même. Les mannequins filaient comme si l’avenir les poursuivait, donnant vie à des fils de soie, et de la fibre de verre recyclée, pour des tricots duveteux et à des peaux lainées teintés à la main. Ce n’était plus un défilé mais un feu d’artifice dont les étincelles avaient la courtoisie de rester cousues. Les amateurs d’innovation observent la scène avec la gravité de chimistes découvrant une nouvelle molécule de désir.
La variété des textures a été révélée par un somptueux manteau enveloppant qui se hérissait sur sa surface de milliers d’allumettes comme si elles venaient y mourir héroïquement. Un Trench en cuir, finement strié, rappelait la réglisse, et chaque pièce semblait murmurer que la matière n’est jamais innocente, qu’elle possède un tempérament, et parfois même, des ambitions.
Toute la gamme, du peigné impeccable à la brillance insolente, jusqu’à une chevelure sauvage digne de Chewbacca, rien n’échappait à cette célébration capillaire. On passait de la discipline au tumulte en un battement de cil, comme dans toute société vraiment intéressante.
Tandis que son collègue de chez Kering, Demna, désormais chez Gucci, renonçait à ses silhouettes oversizes pour embrasser les formes réduites et moulantes des femmes distinguées. Trotter persistait dans l’art du volume, avec une ampleur parfois à l’excès, mais l’excès est simplement la politesse du génie lorsqu’il s’ennuie.
Naturellement, un tel raffinement a son prix. Un manteau trapèze bouclé, composé de plus de deux mille pièces de peau lainée, prouvait que la patience est la plus luxueuse des matières premières. Il faut beaucoup de fragments pour fabriquer une illusion d’unité, et encore plus pour qu’elle paraisse naturelle.
Et pourtant, la plus brillante des astuces n’exige ni laine ni fortune. Aperçue chez Jil Sander, Ferragamo et Toga à Londres, elle ne coûte pas un sou enfin presque. Il suffit de relever le col de sa chemise blanche par-dessus sa veste, son pull ou son manteau et dans un geste simple, presque insolent, pour un automne 2026 qui préfère l’esprit à la dépense. Car en mode, comme en société, le détail gratuit est souvent la plus onéreuse des audaces.
FM


