GUCCI OU L’ART DE TROUBLER LE PRINTEMPS
Dans un rayon de lumière, qui semblait avoir été loué à un Caravage en pleine euphorie solaire, Gucci fit son entrée comme une diva qui n’a pas besoin d’annoncer son nom. La collection « Primavera » s’ouvrait comme une fenêtre sur un printemps capiteux, un printemps qui ne sent pas la marguerite innocente mais la peau chauffée par le soleil de Florence.
Dans l’ancien site de la foire de Milan, le décor jouait les temples antiques. Des statues de marbre surveillaient les gradins avec la gravité d’un Sénat romain, tandis que le public, lui, murmurait comme une volière de soie. On se serait cru dans une fresque de Jean-Gabriel Domergue où la femme, toujours, triomphe.
Au premier rang, la mythologie moderne : Donatella Versace rayonnait comme une impératrice blonde, tandis qu’ Alessandro Michele, sourire complice, semblait savourer l’instant comme un collectionneur de moments rares. Plus loin, Demi Moore, enlacée à son minuscule chihuahua, incarnait cette idée délicieuse que le glamour adore les contrastes.
Et puis il y avait Demna. Stratège du tissu, sculpteur d’allure, Il n’a pas présenté des vêtements, il a orchestré des silhouettes. Ce qui frappait, c’était la diversité des morphologies, des âges, des présences. Une arche de Noé sensuelle, embarquant toutes les beautés possibles. Le final fut un coup de tonnerre en talons hauts.
Le retour de Karlie Kloss et de Kate Moss en clôture avait la saveur d’un champagne millésimé qu’on croyait disparu de la cave. Robe noire dos nu, vertige textile, et ce string GG en or blanc serti de diamants, clin d’œil incandescent à l’époque Tom Ford une époque où la maison respirait le désir comme un parfum capiteux, dense, presque interdit.
La coiffure, inspirée d’un panache amérindien revisité aux couleurs italiennes, oscillait entre manifeste et provocation. Un geste couture qui disait sans murmurer : la mode n’est pas tiède, elle est incendiaire mais vient d’Italie.
La collection entière vibrait d’une sensualité sous-jacente. Pas ce glamour criard, mais cette tension délicieuse qui précède un regard soutenu trop longtemps. Certains murmureront que c’est étrange. D’autres parleront d’excentricité. Moi, j’y vois une renaissance. Gucci ne cherche plus à plaire, il cherche à troubler. Et dans ce trouble, il y a du chic, du glamour, et cette simplicité sophistiquée qui transforme un vêtement en confidence.
Primavera n’est pas un simple printemps. C’est un redémarrage cardiaque en soie noire, une renaissance qui bat sous la peau du luxe italien
FM




