ÉDITION ANNA SUI ET VIEILLES DENTELLES
C’est donc cela, la mode contemporaine outre Atlantique : une volière de plagiaires qui confondent la robe de chambre de ma grand-mère avec la profondeur de l’esprit de Donald le Canard. Un théâtre où chacun joue au corbeau maudit, mais où personne n’a jamais compris la nuit. Les Américains aiment les métaphores comme on aime les estampilles exotiques afin de donner l’illusion d’un voyage intérieur, sans quitter le duty free.
Anna Sui apporte cette « vision lugubre » de « rivage Monet-ophile », mais décrit son propre imaginaire de pacotille, recyclé en prose couture, cela n’est pas facile. Nous ne regardons pas une créatrice, nous regardons un miroir teinté de flou, et applaudissons notre propre mélancolie que la mère Wintour nous a imposée. La mode adore les oiseaux, là où le paon se plaint, le rossignol chante, le corbeau prophétise, mais aucun ne vole. Tout est symbole, rien n’est respiration.
Ma prose serait la définition d’une couture de clichés : Katana contre soie de Lesage, Hitchcock contre Manhattan, Paon contre un canard. Un patchwork de références cousu à gros points, comme un manteau d’érudition prêt-à-porter. Bienvenue dans la volière des créateurs de pacotille, où l’on préfère un tissu de papier à l’analyse, et où l’on préfère le cash au regard. La mode est un ciel, la critique, trop souvent, une cage décorée que le seigneur, en bon démocrate, a éliminé de ses shows, pour finir par ne ne prendre que des courtisans, et ainsi laisser voler les rase-mottes en toute connaissance de cause, car cela lui assure que sa vision ne soit pas obstruée.
FM
